Entrevue avec Sabrina et Ghislain de Mont-Tremblant

 

De qui est composée votre famille:

Sabrina: Ghislain, moi et Antoine, qui a 16 mois.

 

À quel endroit habitez-vous?

Ghislain: À Mont-Tremblant

 

Êtes-vous originaire de Mont-Tremblant?

Sabrina: Non, nous venons tous les deux de Laval.

Ghislain: J’ai toujours voulu habiter dans le coin et finalement, j’ai eu une opportunité d’emploi.

 

Avez-vous une famille ou un réseau pour vous donner un coup de main avec Antoine?

Ghislain: Nos familles sont à Laval. Ils nous donnent un coup de main. C’est certain qu’ils ne viennent pas garder une heure parce que c’est pas mal de route, mais ils sont là pour nous si nous avons besoin.

 

Comment avez-vous découvert qu’Antoine souffrait d’intolérance?

Sabrina: C’était un bébé qui pleurait sans cesse depuis sa naissance. On nous disait que c’était normal, que ça allait passer, que c’était les coliques…mais dans son cas, ça ne passait pas. Comme c’était notre premier bébé, on ne savait pas trop quoi faire. Vers 2 mois, il a commencé à régurgiter du sang et avait des selles noires. C’est là que nous avons consulté.

Lors de la première consultation, comme Antoine était allaité exclusivement, on nous a dit qu’il fallait que j’arrête de consommer des protéines bovines. J’avais lu que le soya pouvait aussi être problématique alors, j’ai arrêté ça aussi. À la deuxième rencontre, on a éliminé le poisson, le blé et les œufs.

Ghislain: Il faisait de l’eczéma sur tout le corps. Il fallait même éviter de cuire les aliments auxquels il était intolérant dans la maison pour ne pas que ça se développe en allergie (si les molécules étaient en contact avec sa peau qui était à vif). J’ai donc suivi le même régime que Sabrina. J’aurais pu me cuire un steak sur le BBQ à l’extérieur, mais je ne voulais pas prendre de chance. Je voulais la soutenir et éviter que ses efforts soient inutiles.

 

Comment vous sentiez-vous?

Ghislain: Les premiers mois ont été un peu décourageants. On ne savait pas trop quoi faire. J’avais pris une semaine de congé suite à la naissance. Sabrina a été hospitalisée 6 jours suite à des complications. Je suis retourné au travail juste après notre retour à la maison. Je revenais de travailler, Antoine avait pleuré toute la journée, Sabrina me le donnait pour se soulager un peu. Nous étions vraiment fatigués! Je me disais: « C’est ça un bébé? » On perd nos repères par rapport à ce qui est un pleur normal ou un pleur de douleur un moment donné.

Sabrina: On a eu des périodes creuses. La nuit, on faisait du cododo pour tenir les mains d’Antoine et l’empêcher de se gratter. Il a développé une dextérité fine très rapidement. Ça m’est arrivé d’essayer de le calmer et de me mettre à pleurer avec lui parce que je ne savais plus quoi faire.

 

Avez-vous eu du soutien?

Sabrina: Nous avions un suivi avec le Docteur Glorion à la Clinique pédiatrique à Sainte-Agathe. Nous avons rencontré un dermatologue au CHU Sainte-Justine qui nous a prescrit des crèmes à base de cortisone. Ce qui nous a beaucoup aidés, c’est le groupe Facebook Allergie ** Intolérance vivre et comprendre. Ça a été une bouée de sauvetage. J’ai pu échanger avec des familles qui vivent la même chose que nous. C’est sur ce groupe que nous avons découvert la Clinique d’asthme et d’allergie de Montréal (CAAM). C’est un centre privé, dont les frais sont couverts par le régime public d’assurance médicaments de la RAMQ. Il faut la référence d’un médecin pour y avoir accès. En moins de deux semaines, nous avions un rendez-vous alors qu’aux autres centres hospitaliers, c’était une question de mois.

J’ai une bonne amie qui est infirmière périnatale, elle nous a aidés à voir clair. Quand c’est un premier bébé, tu ne sais pas trop ce qui est normal ou non. Avec le manque de sommeil et tout, c’est difficile de faire preuve de discernement.

Ghislain: Pour ma part, ce qui m’a beaucoup aidé c’est la pratique du karaté à l’école Budo Kwai. Le sport est bénéfique, mais c’est surtout l’état d’esprit du karaté qui m’a fait du bien . On apprend à se faire confiance, à ne pas être dans le jugement, à faire de son mieux. Ça m’aidait à affronter le regard des autres qui aurait pu me faire douter de ma compétence de père. Antoine était couvert d’eczéma, il pleurait…tu te sens assez impuissant dans cette situation-là. Même si toi tu sais que tu fais de ton mieux.

 

Comment réagissait votre entourage aux intolérances d’Antoine?

Ghislain: C’était difficile à comprendre pour eux. Ils nous proposaient de l’aide, disaient: « venez souper ça va vous faire du bien…dites-nous ce que vous pouvez manger« .

Sabrina: On amenait notre lunch quand même parce que c’était un régime très contraignant et difficile à respecter. Parfois, il y avait un petit malaise quand ça faisait deux heures qu’Antoine pleurait. J’allais faire un tour en voiture pour qu’il dorme ou on partait plus tôt.

 

Comment se porte-t-il maintenant à 16 mois?

Sabrina: Il est encore intolérant aux produits laitiers, mais c’est tout. On en a introduit quelques fois en très petite quantité et ça le fait encore réagir.

Ghislain: C’est presque un miracle! On apprécie tellement plus la nourriture maintenant. J’ai déjà presque pleuré en mangeant une « toast » au beurre de peanut! 🙂 Je mangeais du blé sans me sentir coupable.

 

Comment c’est passé l’introduction aux aliments solides?

Sabrina: C’était vraiment stressant. Nous avons commencé avec les fruits et les légumes. Parfois, même en étant attentif à tous qu’il mange, il arrive que l’on fasse une erreur. Mais on est vraiment devenus des experts dans la lecture des listes d’ingrédients!

Ghislain: Disons que ça prend plus de temps faire l’épicerie maintenant. On lit les étiquettes avec beaucoup d’attention. On privilégie les aliments le moins transformés possible. Nous mangions bien, mais toute cette aventure nous a poussé à manger encore mieux.

Quels sont les services et activités que vous appréciez?

Sabrina: J’ai participé aux haltes-allaitement de Nourri-Source. C’était ma façon de sortir de la maison, de voir des gens. Ça m’a vraiment fait du bien, j’ai ressenti de la compassion pour notre situation, mais pas de jugement. L’horaire de Ghislain est très demandant et imprévisible. J’ai passé beaucoup de temps seul avec Antoine pendant le congé parental.  J’ai fait les cours de fitness poussette avec Karen Sampson et de la natation parent-enfant au complexe aquatique de Mont-Tremblant.

J’ai beaucoup utilisé le livre Allergique et gourmand  dont le contenu est révisé par Allergies Québec. Ça explique bien comment remplacer les produits allergènes dans les recettes.

 

Quel conseil donneriez-vous à une famille dont le bébé est allergique?

Sabrina: Accepter l’aide des proches. Avec le recul, je réalise qu’on aurait pu accepter plus d’aide. Il ne faut pas se gêner. Il ne faut pas avoir peur d’aller chercher de l’information par nous-mêmes. Plus on est informés, plus c’est facile.

Ghislain: Je leur dirais de ne pas se décourager. Il y a des moments où l’on remet tout en question, on aurait juste envie qu’il cesse de pleurer…et puis il nous fait un sourire et ça efface tout le stress. Les pères n’ont pas toujours le même lien d’attachement au bébé quand il est tout petit.   Ce n’est pas parce qu’une période est difficile que ce sera toujours comme cela. On s’adapte à tout, les régimes, les pleurs.

 

Aimeriez-vous avoir un deuxième enfant?

Ghislain: Totalement!

Sabrina: Avant d’avoir Antoine, on voulait deux enfants. Les premiers mois nous ont fait douter, mais maintenant on n’y pense plus. On a une bonne faculté pour oublier quand on devient parent. Avec le recul, on se dit que c’est seulement quelques mois difficiles sur une vie, ce n’est pas si pire.

 

 

Pour en savoir plus:

Informations, soutien téléphonique, parrainage.

Allergie Québec

 

Formation « Une journée pour déjouer les allergies » à Montréal et Québec

Déjouer les allergies alimentaires

 

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