Entrevue avec Mélissa Pelletier de Labelle

 

De qui est composée votre famille?

Moi, Gabriel et Emma, qui a 11 mois.

 

À quel endroit habitez-vous? 

À Labelle.

 

Êtes-vous originaire de la région?

Gabriel est de Labelle et moi de Repentigny.

 

Avez-vous un réseau pour vous aider avec Emma?

Le père et la belle-mère de Gabriel habitent à Labelle, ils sont à la préretraite et sont toujours prêts à nous aider, même si nous leur demandons à la dernière minute. Dans les premiers mois, nous faisions des sorties pas trop loin de la maison. Ils nous appelaient s’il y avait quoi que ce soit. Je revenais l’allaiter et je retournais à mon activité.  Sinon, on planifiait nos sorties lorsqu’elle était couchée.

 

Comment s’est passée la grossesse?

Très mal! Lors de l’échographie à vingt semaines, on nous a dit que je devais retourner à la maison, être au repos et qu’un gynécologue allait nous appeler. On n’avait pas plus d’informations. J’ai reçu un appel le lendemain et j’ai eu un rendez-vous d’urgence le surlendemain. C’est là qu’on a appris qu’il y avait un problème avec le col de mon utérus. Il était plus court que la moyenne, 2,5 cm alors que la norme est entre 3,5 et 5 cm,  et il était en entonnoir. Notre bébé avait déjà la tête en bas, appuyé sur le col. J’étais donc à risque d’une naissance prématurée.

 

Qu’est-ce qui vous a été conseillé de faire?

J’étais déjà en retrait préventif, car je suis infirmière auxiliaire. On nous a dit que je devais être alité 23 heures sur 24 et que je devais avoir un suivi avec une gynécologue chaque semaine à l’hôpital de Sainte-Agathe. Malgré le repos, mon col continuait à s’amincir, j’avais alors une hormone à prendre matin et soir. Ça n’a pas donné les résultats escomptés. Le discours de la gynécologue n’était pas très rassurant, on nous disait qu’il fallait y aller un jour à la fois. Il n’y avait pas d’autre traitement possible à ce stade de la grossesse.

 

Comment se passaient vos journées? 

Je ne me levais que pour aller à la salle de bain ou pour aller me chercher à manger, Gabriel s’occupait des repas, je n’avais qu’à me servir lorsqu’il n’était pas là. Je mangeais couchée. Je prenais une douche tous les deux jours. Je devais attendre que Gabriel soit là pour la douche, puisque j’étais toujours couchée, je devenais étourdie rapidement si je restais debout. J’avais des étourdissements, mal au cœur…

J’écoutais la télévision, des films, j’avais parfois de la visite. Vivement internet!

Par contre, j’étais très déterminée à faire tout ce qu’il fallait pour la santé de bébé. Ma mère a été d’une grande aide. Elle prenait congé pour me conduire à l’hôpital pour les rendez-vous de suivi.

 

Comment s’est passée la fin de la grossesse?

À 33 semaines, mon col était vraiment très mince, pas plus de 4 mm et avait déjà commencé à dilater. J’ai alors reçu des injections pour accélérer le développement des poumons d’Emma. À 36 semaines, j’ai reçu à nouveau ces injections et on m’a permis de me lever! C’était étrange, je devais m’habituer à avoir une bedaine, à supporter plus de poids, j’avais moins de muscle et de cardio. Par contre, nous étions vraiment soulagés que le pire soit passé. À partir de 37 semaines, les bébés ne sont plus considérés comme des bébés nés prématurément.

J’ai accouché à 37 semaines et un jour! L’accouchement a été très rapide. Ça a vraiment été un beau moment, une belle expérience. Je revivrais ce moment-là n’importe quand, malgré la douleur!

 

Comment se portait Emma suite à la naissance?

Emma a eu une jaunisse à la naissance, puis elle a perdu pas mal de poids. J’ai eu de la difficulté avec l’allaitement. Nous sommes restés cinq jours à l’hôpital.

Le retour à la maison n’a pas été facile. J’avais peur de ne pas être capable de m’en occuper. J’avais tellement eu peur pour elle pendant la grossesse qu’une fois que je l’ai eu dans mes bras, je ne voulais laisser personne d’autre la prendre.

J’étais fatiguée. J’ai eu une sorte de baby blues qui a duré deux semaines. J’ai eu des commentaires comme « tu devrais lui donner un biberon et te reposer », « tu ne vas tout de même pas l’allaiter jusqu’à ce qu’elle ait un an... » Si j’avais écouté ces commentaires, j’aurais abandonné l’allaitement. Mais c’était important pour moi et pour Gabriel aussi, qui me soutenait aussi là-dedans. On a décidé de ne pas écouter les commentaires et de se faire confiance.

 

Qu’avez-vous trouvé difficile pendant la période où tu étais alitée?

Je suis quelqu’un qui a toujours quelque chose à faire, je n’arrête pas. Je suis assez sportive aussi, alors de ne pouvoir rien faire c’était difficile. Je n’ai pas pu préparer la chambre de bébé, magasiner les vêtements de départ…rien ne s’est passé comme prévu. J’ai tout de même eu un « shower » au restaurant. Ma mère m’a amené une chaise longue et j’ai passé la soirée couchée. 😉

 

Qu’est-ce qui représente un défi pour votre famille?

Peut-être le détachement. Justement parce qu’on a tellement eu peur de la perdre. J’ai l’impression qu’on a formé une équipe tous les trois pendant cette période difficile. Elle vient de commencer l’intégration progressive à la garderie, alors je travaille le détachement!

 

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie depuis l’arrivée de bébé?

Notre routine, bébé passe en premier, c’est notre priorité. Nous avons changé de voiture, adapté la maison… Je recommence à travailler bientôt et je trouve ça étrange de revenir à ma vie « d’avant »… elle a été mise de côté depuis janvier 2017, quand on a eu l’écho qui a révélé les complications.

Avant j’étais plus carriériste, mais ma vision de la vie a changé. Je veux passer le plus de temps possible avec Emma. La maternité, ça apporte beaucoup de changement, on s’adapte et c’est pour le mieux.

 

Qu’elles sont les activités que vous aimez faire avec Emma?

Gabriel fait des marathons et 1/2 Ironman alors il aime bien aller courir avec elle dans le Chariot. On fait de la randonnée avec Emma en porte-bébé. En fait, elle participe à toutes nos activités. On l’amène partout, au resto on lui apporte sa chaise… on ne se prive pas de faire des sorties.

 

Quels sont les services que vous utilisez et qui facilitent votre vie?

J’ai découvert les haltes-allaitement de Nourri-Source grâce à des amies qui y participaient. Ça a été ma première sortie avec bébé. Depuis, je crois que je n’en ai pas manqué une. C’est du soutien pour l’allaitement si on a des questions, mais c’est aussi pour se créer un réseau social, pour sortir de la maison et rencontrer d’autres parents qui ont un bébé.

On m’a approché pour devenir marraine d’allaitement. Au départ, j’étais réticente. J’avais peur de devoir y consacrer trop de temps. Finalement, ça se fait très bien. Je trouve que c’est complémentaire à ma formation d’infirmière. Ça me permet d’aider d’autres familles.

On a utilisé les services du CLSC de Labelle et celui de Tremblant pour les vaccins et divers suivis.

 

Y a-t-il des services que vous avez découverts de façon tardive et que vous auriez aimé connaitre avant?

Je ne connaissais pas le Cal en bourg 0-5 ans. Je crois qu’en ayant la visite VIP, j’aurais découvert plein de services et d’activités. On m’a aussi parlé de la Maison de la Famille du Nord dernièrement et de leur halte-garderie.

Ce n’est pas une activité, mais j’aurais aimé savoir cela après l’accouchement; j’aurais dû tirer du lait plus tôt. C’est plus facile dans les premiers mois suivants la naissance de bébé. Ça permet de faire des réserves pour plus tard.

 

Quel conseille donneriez-vous à une famille dont la mère doit être alitée pendant une partie de sa grossesse?

Je leur conseillerais de ne pas se laisser abattre par le discours de professionnels qui les suivent, de croire en soi.

 

Pour en savoir plus: 

Garder le lit durant la grossesse

Maman pour la vie

 

La dilatation du col de l’utérus 

Maman pour la vie

 

Quand tout ne se passe pas comme prévu

Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans