Entrevue avec Carole et Éric de Saint-Faustin-Lac-Carré

 

De qui est composée votre famille?

Éric: Moi, ma conjointe Carole et notre fils Gabriel qui a 6 ans.

 

À quel Endroit habitez-vous?

Carole: À Saint-Faustin-Lac-Carré.

 

Êtes-vous originaire de la région?

Carole: Je suis de l’Outaouais. Je suis déménagée dans la région pour une opportunité d’affaires.

Éric: Moi, je viens de la Rive-Sud de Montréal. Je suis aussi arrivé ici pour le travail.

 

Quand avez-vous commencé à penser à adopter un enfant?

Éric: Nous avons essayé d’avoir un enfant de façon naturelle puis par fécondation in vitro. Lorsque nous l’avons fait, les traitements n’étaient pas couverts par le régime public d’assurance médicaments. Ça nous coûtait plus de 6 000$ à chaque implantation et le même montant pour les médicaments. Nous avons fait deux traitements. Nous savions que les démarches pour adopter étaient longues alors nous nous sommes inscrits rapidement auprès du Centre jeunesse de Saint-Jérôme.

Carole: J’ai une condition de santé qui fait que c’est très difficile pour moi de porter un enfant. J’avais un collègue qui a adopté et il nous a conseillé d’entreprendre les démarches rapidement parce que ça peut être long. Il faut s’inscrire dès le moment où on commence à y penser, il est facile de se retirer si on change d’idée.  En effet, nous avons attendu Gabriel pendant 7 ans et demi!

 

Comment est-ce que ça se passe lorsqu’on souhaite adopter un enfant?

Éric: D’abord il faut s’inscrire sur une liste. Il n’est pas possible d’être inscrit pour l’adoption québécoise et l’adoption l’international. Il faut alors faire un choix. Il y a plus de restrictions et de frais à l’international. Chaque pays a ses règles, mais ils sont plus restrictifs si on est âgé de plus de 40 ans. Il y a des pays qui exigent qu’on soit mariés, qu’on ait un enfant, … Après les deux traitements in vitro où nous avions déjà beaucoup déboursé et toutes ses contraintes, nous avons fait le choix d’adopter au Québec.

Carole: Au Québec, il y a la banque mixte, ce qui veut dire qu’on peut être famille d’accueil pour un enfant qui risque l’abandon et, peut-être l’adopter. L’enfant peut retourner vivre avec ses parents naturels s’ils sont jugés adéquats ou être adopté par la famille dans laquelle il vit si ses parents naturels ne sont pas aptes à subvenir à ses besoins. Il y a aussi l’adoption régulière où les parents naturels ou tuteurs consentent à l’adoption. Dans ce cas, ils ont 30 jours pour revenir sur leur décision.

Lorsqu’on s’inscrit sur la liste pour l’adoption, le Centre jeunesse effectue un suivi tous les six moins pour savoir si nous avons changé d’idée. Ensuite viennent les entrevues et les évaluations psychologiques très approfondies. Dans notre cas, ça a été 4 ans après notre inscription. Ces évaluations aident les intervenants à déterminer notre besoin et nous diriger vers le bon programme. Dans notre cas, la banque mixte n’était pas pour nous. Nous souhaitions vraiment adopter un enfant et non risquer de le voir partir.

 

Puis un jour vous avez un appel…

Éric: Oui, ça a déboulé rapidement. Un jour, on nous a dit que nous étions en haut de la liste, qu’il y avait 80% des chances que nous puissions accueillir un enfant d’ici 3 mois. C’est à ce moment-là qu’ils sont venus inspecter la maison pour s’assurer que tout était conforme. Les règles sont assez strictes, ça va de la grandeur de la chambre de l’enfant aux armoires barrées… Lors de cette visite, on nous a conseillé de commencer à préparer la chambre.

Carole: À ce moment-là, il était déjà né, mais nous ne le savions pas. Les parents naturels ont 30 jours, suite au consentement d’adoption, pour changer d’avis. Pendant ce temps, l’enfant est placé dans une famille d’accueil temporaire.

Éric: Un lundi, nous étions sur la route en direction de la maison. L’intervenante qui s’occupait de notre dossier nous a appelés pour nous demander de passer la voir. Comme nous étions tout près de son bureau, nous sommes allés la journée même… elle nous a reçus sur son heure du dîner! Elle nous a demandé si nous voulions adopter un bébé dans 3 jours!

Carole: Il était impossible pour moi de retourner au travail cette semaine-là pendant que je savais que notre bébé était dans une famille d’accueil. Nous avons demandé s’il était possible de l’avoir plus tôt et le lendemain je tenais Gabriel dans mes bras pour la première fois. Il avait cinq semaines. Ça a été tout de suite le coup de foudre!

Éric: Ça nous laissait 24 heures pour tout acheter: les couches, le lait, le siège d’auto… Lorsque nous l’avons vu c’était comme s’il avait toujours été notre enfant. Ça ne se décrit pas!

 

Avez-vous eu un coup de main suite à l’arrivée de Gabriel?

Éric: L’intervenante est venue nous visiter le lendemain, puis après trois jours, une semaine et trois semaines. Mes parents sont venus nous voir dès le lendemain.

Carole: L’intervenante nous a conseillé de nous occuper de Gabriel nous-mêmes au début, de ne pas le laisser se promener dans les bras de tout le monde afin qu’il développe rapidement un sentiment de sécurité et d’attachement.

Éric: La première journée, elle nous avait également conseillé de lui parler sans arrêt. Je l’ai bercé toute la journée en lui parlant. Lorsque je n’avais plus rien à raconter, je lui ai chanté toutes les chansons du répertoire des Beatles que je connais! 🙂

 

Comment abordez-vous la question de l’adoption avec Gabriel?

Carole: J’ai un ami qui a été adopté et qui m’a dit qu’il le savait depuis son tout jeune âge. Il n’a donc pas eu le choc de l’apprendre. C’est ce que nous avons décidé de faire. Nous lui avons raconté l’histoire de son adoption depuis qu’il est tout petit.

Éric: Il sait ce que c’est l’adoption, même à son jeune âge. Gabriel, tu sais ce que ça veut dire?

Gabriel: Oui. Que vous m’avez choisit! 🙂

Éric: Chaque année, nous célébrons son anniversaire de naissance, mais aussi l’anniversaire de notre rencontre. Il en a parlé ouvertement à ses amis de maternelle cette année.

 

Redoutez-vous qu’un jour il souhaite faire connaissance avec ses parents naturels?

Carole: Pour l’instant non. Est-ce que ça sera la même chose à l’adolescence? Difficile à dire. Nous avons certaines informations sur sa mère. S’il veut faire sa rencontre un jour, il doit donner son consentement et la mère naturelle aussi. Si les deux sont d’accord, il pourra y avoir une rencontre.

Éric: La mère ne pourrait pas le reconnaître juste comme ça. Nous lui avons choisi un nom à son arrivée parmi nous et nous ne sommes pas en droit de révéler sa date de naissance.

 

Qu’est-ce qui représente un défi pour votre famille?

Carole: Lorsque je recevais les traitements de fécondation in vitro, c’était très difficile psychologiquement. Nous n’aurions pas pu faire un troisième traitement. C’était une grosse déception chaque fois, sans compter les impacts financiers.

Éric: Maintenant, notre défi est de gérer l’énergie débordante de Gabriel au quotidien. Nous attendons son entrée à la première année pour le faire évaluer pour l’hyperactivité.

 

Qu’est-ce qui a le plus changé dans votre vie depuis l’arrivée de Gabriel?

Carole: Nos priorités, certainement. Nous étions propriétaires d’un restaurant et ça demandait beaucoup de travail. Nous avons vendu pour pouvoir passer plus de temps en famille.

Éric: Notre priorité est de voir Gabriel grandir et de l’accompagner.

 

Quelles sont les activités que Gabriel aime?

Carole: Il a fait de la gymnastique dès l’âge de 3 ans avec Québec gym à Sainte-Agathe. Il a pris une pause et là, il souhaite s’inscrire à nouveau. Il a suivi des cours de natation avec Karen Sampson à Mont-Tremblant. Il aime le vélo et le patin. Il a participé aux ateliers d’éveil musical du Petit Conservatoire d’Estelle à Mont-Tremblant.

Éric: Il commence le ski. Nous allons parfois monter le Mont-Blanc l’été. Il a fait du taekwondo à Mont-Tremblant. Il aimait vraiment son instructeur.

 

Quels sont les services qui facilitent votre vie familiale?

Carole: Lorsque Gabriel était petit, nous avons eu la chance d’avoir un super service de garde en milieu familial subventionné qui a accepté d’accueillir Gabriel même si nous étions dernière minute pour l’inscription. Ça nous a donné un coup de main parce que le congé parental était de 37 semaines et nous n’avions pas fait de démarche pour la garderie avant l’arrivée de Gabriel.

 

Y a-t-il des services ou activités que vous avez découverts de façon tardive et que vous auriez aimé connaître plus tôt?

Carole: J’aurais aimé connaître la Maison de la Famille du Nord et le Cal en bourg 0-5 ans plus tôt après l’arrivée de Gabriel. J’ai participé à quelques activités à la Maison de la Famille, mais je suis rapidement retournée travailler. Je suis le Cal en bourg sur Facebook pour me tenir au courant des activités.

 

Quel conseil donneriez-vous à une famille qui songe à adopter un enfant?

Éric: De s’y prendre tôt! Aussitôt qu’ils commencent à y penser. Pour notre part, on a pensé refaire le processus pour un deuxième, mais c’est tellement long, on ne veut pas accueillir un enfant lorsque nous aurons 50 ans. Nous sommes déjà tellement chanceux!

Carole: Je leur dirais de ne pas se décourager. Pendant la période d’attente, nous étions patients… mais notre entourage nous demandait souvent des nouvelles. Nous avons dû leur demander de ne pas nous en parler si souvent, parce que rien ne bougeait.

 

 

Pour en savoir plus:

Adoption régulière et adoption dans le cadre du programme en Banque mixte

Gouvernement du Québec

 

Adoption à l’international

Secrétariat à l’adoption internationale

 

L’adoption en banque mixte; le choix de Catherine

 

La route des 20, Radio-Canada Première