Salut mon bébé!

 

MON bébé… je n’aurais jamais cru dire ça dans ma vie. Eh oui, ta maman fait partie de celles pour qui ça n’allait pas nécessairement de soi d’apprendre à porter ce titre si précieux aux yeux des mères, de la société, bref, de l’univers entier!

 

Pour être tout à fait honnête, je me sens un peu imposteur de faire maintenant partie du club sélect des femmes qui ont vécu l’accouchement.

 

Imposteur parce qu’il me semble que rien de ce qu’on a vécu ensemble n’a ressemblé à ce que ça « devait être », aux standards qu’on nous propose.

 

Notre début de cohabitation n’a pas été aussi simple et magique que ce que les applications de grossesse écrivaient. L’approche de la date prévue ne m’a pas semblé aussi pressante et libératrice que ce que les autres mamans disaient.  L’accouchement, aussi plein d’amour fût-il, a été une succession de petits deuils et d’adaptations intenses, rien à voir avec ce que les vidéos d’accouchement montraient. Le retour à la maison n’a pas été que tendresse et plénitude comme les blogues de maman le supposaient. L’allaitement a été synonyme de douleur et d’angoisse, à l’inverse de ce que les livres avançaient.

 

Alors mon bébé, ma cape de super maman, comment faire pour sentir que je la mérite?

 

Des personnes bienveillantes nous ont répété que toutes ces embûches font partie de notre histoire, mais n’est-ce pas légitime d’aspirer à ce que notre histoire ressemble à celles décrites dans les livres?

 

Tu as maintenant 2 mois mon bébé. On se connait mieux, on s’apprivoise encore. Mon corps se remet, mais il se permet de me rappeler parfois le marathon qu’il a mené. Ma tête se pardonne et s’apaise, bien que la vrille n’est jamais bien loin.

 

J’aurais aimé qu’on m’expose davantage à des modèles différents. J’aurais préféré qu’on assume les difficultés, qu’on ne me cache pas la peur d’une vie en changement, la douleur au-delà des contractions, la confiance à construire, la pression de la comparaison…

 

Mon bébé, je t’aime pour toute la vie et je crois qu’avec toi est arrivée une petite mission: celle de partager notre histoire. Peut-être bien que certaines futures mamans se sentiront ainsi moins seules et inadéquates.

 

Prendre conscience que se sentir une maman, ça n’arrive pas nécessairement dès l’apparition du petit + sur le bâton, ni à la première vague dans le bedon, ni aux premiers pleurs à la sortie, ni au premier regard, à la première tétée, au premier sourire. Assumer le titre de maman c’est apprendre à respecter le rythme unique de notre famille et surtout se donner le droit de faire différemment.

 

Et si on s’accordait le temps qu’il faut ?

Et si on se permettait de mettre en lumière nos histoires différentes de ce qui est véhiculé?

Et si on laissait tomber ces foutues capes de « super maman » pour prouver qu’être simplement soi-même, c’est amplement satisfaisant?

 

Nath P., Val-David

Octobre 2018

 

 


Nath P. est maintenant maman. À travers ses récits lucides, sans filtre, elle nous livre ses histoires de maternité.  Sensible, ouverte, critique, Nath P. doit apprivoiser son nouveau rôle. Le but de ses écrits? Sortir des clichés et présenter une autre réalité, la sienne, afin d’aider les nouvelles mères à ne pas se sentir seules au monde.