Ce soir-là, Ana Maria s’était retrouvée dans une situation affreuse.  Enrôlée dans le milieu criminel à Montréal, sa vie était particulièrement menacée.  Désespoir total.  Tourbillon de noirceur.  Dans un ultime appel à l’aide : « On a utilisé les médias sociaux et on a texté plein de monde », se rappelle la jeune femme d’origine colombienne, adoptée par une famille québécoise, accompagnée cette nuit-là de sa sœur, tout aussi terrifiée.

 

C’était il y a cinq ans.  « C’est Pascal qui a répondu à notre appel et qui s’est organisé pour nous héberger chez lui, à Saint-Jérôme », raconte Ana Maria, aujourd’hui devenue une jeune femme épanouie. Comme Pascal n’avait pas l’argent pour payer le taxi ce soir-là, il a donné son iPhone au chauffeur pour le payer.  Ana Maria ajoute : « On partage notre vie depuis ».

 

Il l’a sauvé, oui, mais Pascal Therrien n’était pas un enfant de cœur !  « À l’époque, je me débrouillais par moi-même, à la dure.  Mon entourage était composé de criminels.  J’ai dormi dans les rues.  Je faisais du rap, deux-trois shows par semaine.  Je vivais l’itinérance », explique Pascal, alias Soldat Solitaire, populaire auprès des fans de musique de rue.  « On faisait du beat 24 heures sur 24. Du gangster rap. Je parlais de la rue. J’expliquais ma vie », précise l’auteur-compositeur-interprète qui continue à créer.

 

Depuis qu’Ana Maria et Pascal se sont rencontrés, leur vie a bien changé.  « On a un bel amour.  On croit en nous.  On est fiers de ce que l’on est devenu », affirme Ana Maria.  Pour sa part, Pascal constate aussi de grands progrès : « On consommait pas mal de substances illégales et ça fait maintenant deux ans et demi qu’Ana Maria ne consomme plus.  De mon côté, je ne consomme plus rien du tout – pas d’alcool, même pas de cannabis, ni cigarette – rien depuis 3 mois ! ».

 

Un cadeau du ciel

Si aujourd’hui le couple tremblantois se réveille tôt tous les matins, que leur journée commence tout en action et que les deux travaillent de « 9 à 5 », dans un style de vie que la société qualifie de normal, c’est à cause de Soana, un cadeau du ciel arrivé dans leur vie il y un an et demi.

 

« Ma fille, elle m’a changé à 360° », affirme le papa qui ne veut pas faire vivre à son enfant ce qu’il a vécu. Car son enfance, Pascal l’a passée en grande partie à la DPJ. « Pris avec des problèmes de consommation et de dépendance, mon père et ma mère étaient toujours absents.  Ce sont les voisins qui s’occupaient de nous. J’ai fait tous les centres d’accueil de Montréal, jusqu’à l’âge de 18 ans », précise-t-il.

 

On comprend mieux l’ampleur de l’impact de la venue de l’enfant quand on apprend que juste avant de savoir qu’Ana Maria était enceinte, la réalité du quotidien était tumultueuse pour le couple.  « Trois jours avant de le savoir, on planifiait partir vivre à Toronto pour un retour actif dans le milieu criminel, explique Pascal.  Tout était organisé, il n’y avait plus rien, on avait vidé l’appartement ».   C’est le test de grossesse positif qui a changé la donne.  « Ana Maria sait que c’est ce qui m’a fait changer de parcours.  Ça a éclairé le droit chemin de lumière à ce moment-là », partage l’homme qui ne regrette aucunement son choix.

 

Une enfant joyeuse

La vie est belle aujourd’hui pour la famille.  Soana est une enfant joyeuse.  Elle aime dessiner, danser, chanter et socialiser avec les autres enfants du CPE de son quartier, le CPE L’Antre-Temps« Tout le monde vient lui donner un câlin quand elle arrive », lance le fier père.  Même sans auto – c’est un choix – le trio s’organise pour tout faire à pied.  « Ce n’est pas compliqué, on vit au centre-ville : on marche 15 minutes pour aller au CPE et 15 minutes pour aller au boulot.  Quand on travaille les deux en même temps, on va à la garderie entre 8h et 8h30.  Si l’un de nous reste à la maison cette journée-là, on y va plutôt vers 11h », mentionne Pascal, qui est reconnaissant auprès de leurs employeurs pour cette flexibilité à faciliter leur quotidien travail-famille.

 

C’est aussi devenu une habitude pour la famille de visiter le Carrefour jeunesse-emploi Laurentides, à Mont-Tremblant.  « Ça nous fait du bien d’aller voir les gens là-bas.  On s’y sent bien », affirme le couple avant d’ajouter : « Ils ont toujours de bons conseils pour nous et ils sont à l’écoute.  Ils nous motivent à continuer sur le bon chemin ».

 

Même si les parents s’inquiètent parfois pour leur enfant, sachant très bien qu’une réalité existe en parallèle – peuplée de gens malsains qui vivent dans un environnement qu’ils ne souhaitent pas pour Soana – ils se réconfortent en essayant de ne pas trop penser à l’avenir.  « On n’oublie pas notre passé, explique Ana Maria, ça nous fait grandir.  Si on veut, on peut ! On vit au jour le jour pour notre enfant. Le moment présent.  On souhaite lui montrer le bien, le bon exemple ».  

 


Par Anny Champoux, agente de soutien aux communications au Cal en bourg