Amélie a 33 ans.  Elle et son mari, Francis, habitent à Sainte-Agathe-des-Monts avec leurs quatre enfants.  Le plus vieux, Marc-Alexandre, a 17 ans.  Ludovik est âgé de 11 ans.  Mary-Ange aura bientôt cinq ans et le cadet, Émile, a soufflé sa première bougie la semaine dernière.  Chacun d’eux a une histoire particulière, dont le lien commun est qu’ils sont tous nés par césarienne.

 

Son premier accouchement, elle l’a vécu quand elle avait 16 ans, à la naissance de Marc-Alexandre.  « Depuis que je suis toute petite que je savais que je voulais avoir mes enfants jeune.  Ce n’était pas une surprise pour personne », explique-t-elle.

 

Marc-Alexandre donne le ton

 

Amélie était enceinte de plus de 41 semaines quand elle est entrée à l’hôpital pour une grippe.  « J’étais vraiment malade et je ne savais pas que j’étais aussi avancée dans ma grossesse.  Je n’avais que 16 ans!  Plutôt que de me traiter pour ma grippe, ils m’ont passée en urgence pour procéder à l’accouchement », explique Amélie avant de préciser : « Mon corps était trop peu développé à l’époque pour essayer l’accouchement naturel avec le bébé en position de siège ». 

 

Elle se rappelle que le peau à peau n’existait pas dans ce temps-là et qu’elle a été endormie pour que la peau de son ventre soit suturée.  Elle s’est réveillée moins d’une heure après et a pu allaiter bébé.

 

Le bébé parfait

 

Rien de moins que 10-10-10 pour Ludovik, à son test Apgar, qu’il a passé à la naissance.  « Cette fois-ci, la césarienne était planifiée.  Je suis entrée à l’hôpital la veille et Francis est venu me rejoindre le lendemain matin pour la naissance de notre deuxième fils. Ça s’est super bien passé ! », raconte Amélie qui avait considéré l’AVAC (accouchement vaginal après césarienne). Toutefois, découvrant que son bassin a une légère malformation, les médecins préféraient ne pas prendre de risque. « Ça aurait pu se compliquer », explique la maman.

 

Cette fois-ci, pour l’allaitement, on oublie ça.  « À 18 ans, j’ai eu une réduction mammaire qui s’est très mal passée.  Ils m’ont manquée », explique Amélie qui s’était faite dire qu’elle n’allait jamais pouvoir allaiter à nouveau.

 

Heureusement, ça ne durera pas.  Une nuit, au 8e mois de sa 3e grossesse, Francis s’est réveillé, trempé de lait maternel.  De plus, pour Émile, quatre ans plus tard, elle doit porter des compresses d’allaitement dès son 6e mois de grossesse !

 

Affronter le cancer de l’utérus

 

C’est en 2009 qu’Amélie reçoit le diagnostic d’un cancer de l’utérus.  À la Cité de la santé, à Laval, l’équipe médicale lui suggère l’ablation de l’utérus. « J’ai toujours voulu quatre enfants et, avec ma tête de cochon, je leur ai répondu qu’il n’en n’était pas question ! », relate la femme déterminée.

 

Pour combattre la maladie, on s’y est donc pris par médication, sans chimio.  En février 2011, Amélie a subi une conisation : une opération qui consiste à enlever les tissus infectés.  S’en est suivie une intense série de biopsies, connues sous le nom de LEEP.

 

En mars, toute trace de cancer était partie.  En septembre, Francis et Amélie se sont mariés.  « Les chances étaient minces – pour ne pas dire presque nulles – d’avoir d’autres enfants », souligne la jeune femme qui utilisait quand même la méthode du calendrier et de la température, dans l’espoir d’avoir un troisième enfant.

 

Un an plus tard, en octobre, une laparoscopie a été prescrite pour nettoyer l’utérus.  « Pour vous expliquer, c’est comme si on comparait l’utérus à un filet de porc.  Cette opération a pour but d’enlever le blanc que l’on voit souvent sur cette pièce de viande », vulgarise Amélie. À peine 18 jours plus tard, elle était enceinte.

 

La miraculée

 

Au départ, les médecins ne donnaient aucune chance à cette grossesse d’être menée à terme.   « À l’échographie de novembre, on nous a confirmé que j’étais enceinte.  Mais le cœur était trop petit.  On ne pouvait pas le voir ou l’entendre battre », raconte Amélie.

 

C’est en décembre 2012, le lendemain du décès de la belle-mère de Francis, que le petit cœur s’est fait entendre pour la première fois. « Le mois suivant, on nous annonçait que notre enfant allait être une fille ! »

 

Cette fois-ci, la césarienne était de mise et planifiée.  « Après deux césariennes, ça devient obligatoire », appuie Amélie.  Suivie de près durant la grossesse, tout s’est bien déroulé.  La césarienne, elle, fut un cauchemar.  « J’ai détesté l’ambiance.  J’étais stressée.  On m’a gelée dans le dos une première fois et repiquée une deuxième.  Les médecins se parlaient de leur weekend et de leur lunch.  Je n’étais qu’un numéro.  Je voulais juste m’en aller », décrit-elle.

 

À sa naissance, la nouvellement née Mary-Ange a été déposée sur sa maman pour le rituel du contact peau à peau.  « Elle cherchait son air.  Ils l’ont sorti d’urgence », se rappelle Amélie. En parallèle, Amélie ne se sentait pas bien et devait recevoir une injection sous cutanée pour stopper l’hémorragie qui venait de se déclarer. « Les infirmières ont été bonnes de pouvoir rassurer Francis qui ne savait pas ce qui allait se passer », souligne-t-elle.

 

« Mary-Ange, c’est mon petit garçon manqué, mon bébé miracle.  À 10 mois et demi, elle marchait et courait.  Aujourd’hui, à cinq ans, elle est la meilleure des deux classes de maternelle de son école, malgré un trouble développemental du langage mixte léger», décrit fièrement la maman qui fréquente le Centre de réadaptation Le Bouclier qui aide les enfants qui ont des troubles du langage.

 

Le dernier et non le moindre

 

À cause du traumatisme vécu lors de la naissance de Mary-Ange, papa Francis a dû se faire convaincre pour avoir un quatrième enfant.  « Sachant que je le voulais vraiment, après un certain temps, il a changé d’idée », raconte Amélie, qui, elle aussi avait certaines craintes à revivre une césarienne aussi difficile que la dernière.

 

Des quatre, cette grossesse a été la plus pénible et la césarienne, parfaite !

 

La naissance était planifiée. « J’avais averti l’équipe médicale tout au long de ma grossesse que j’aimerais que les chirurgiens soient respectueux durant la césarienne. Ce qu’ils ont fait », confirme Amélie.  « Même l’infirmière m’a offert de me suivre dans la salle d’opération ! », ajoute-t-elle.

 

Amélie raconte qu’à son arrivée, l’anesthésiste parlait sur Skype avec son petit garçon, lui disant qu’il devait y aller « car papa s’en va donner naissance à un petit bébé », relate-t-elle, émue.  L’anesthésie a été faite en douceur.  Francis était à ses côtés lors de l’ouverture de l’utérus.  Il a pu prendre une photo à la sortie du bébé et filmer la coupure du cordon.  « Tout le monde était à l’écoute de nos besoins.  On ricanait.  J’ai vraiment aimé l’ambiance.  Ça a fait toute la différence », souligne la maman, qui a vécu le peau à peau et l’allaitement d’Émile, pendant qu’on recousait son ventre où l’incision a été faite au même endroit, pour les quatre naissances.  « C’était vraiment magique pour moi ! », confirme Amélie qui est catégorique, il n’y en n’aura pas un 5e !

 

Amélie comprend les femmes qui vivent de mauvaises expériences avec une césarienne.  « Je crois que c’est dû au fait que l’environnement chirurgical est froid et impersonnel.  Pour en avoir vécu quatre, je dirais aux femmes qui auront des césariennes de demander à l’équipe médicale d’être empathique, comme je l’ai fait », suggère-t-elle.

 

À la question « Es-tu déçue de ne pas avoir vécu une naissance naturelle ? », elle répond : « Pas du tout! Selon moi, on ne doit pas amoindrir l’expérience d’une césarienne à une naissance naturelle. Imaginez, si je n’avais pas eu l’option de la césarienne, je n’aurais jamais pu donner la vie à mes quatre enfants », conclut Amélie qui songe maintenant à prendre du temps pour elle, avec son amoureux. 

 

 

Texte: Anny Champoux

Photo: Dominic Bouffard