« Appelle l’ambulance Martin, on ne se rendra pas à temps! », lui demande Véronique en se contorsionnant sur la banquette avant de la voiture, l’air climatisé soufflant « dans le tapis ».  Elle baisse rapidement son pantalon de maternité, sentant le bébé qui était sur le point de naître, pendant que Martin tenait le volant, roulant sur l’Autoroute 15, près de la sortie 64 du Mont Gabriel.  C’était le 16 septembre 2016.

 

Véronique et Martin vivent à Val-David avec leurs deux enfants : l’aîné, Félix Olivier a 4 ans et demi et Raphael Gabriel est âgé de 2 ans et demi.  « On aurait dû s’y attendre, car depuis la naissance de notre premier garçon, je savais que j’accouchais rapidement », lance Véronique, inhalothérapeute, qui connaît bien le milieu médical.

 

L’accouchement rapide du premier enfant

 

La Valdavidoise raconte la naissance rapide de son fils aîné, Félix Olivier.  « Ce soir-là, mon chum travaillait de nuit à Montréal.  J’étais enceinte de 36 semaines et 4 jours.  Je me suis réveillée avec un gros mal de dos et de légères pertes de sang.  J’ai appelé Martin pour l’en aviser.  Je lui ai dit que j’allais me rendre à l’hôpital et le rappeler pour le tenir informé ».

 

De crainte de déranger les infirmières qui faisaient leur changement de quart de travail à 23h45, Véronique hésitait à se rendre à l’hôpital.  « Avant de partir, j’ai pris mon sac qu’on nous dit de faire aux cours prénataux – il n’était pas fini – et j’y ai ajouté ma caméra, au cas où », continue-t-elle.

 

Elle s’y est rendue et une infirmière est venue l’examiner.  « Ensuite, tout s’est passé très vite ! », se rappelle-t-elle.  Entre deux contractions, elle a réussi à appeler Martin pour qu’il vienne la rejoindre.  « C’est le moment !», lui a-t-elle annoncé au téléphone.  Par le temps que Martin arrive de Montréal, Félix Olivier était déjà né depuis 20 minutes.

 

La courbe du Mont-Gabriel

 

Le 16 septembre 2016, Véronique était enceinte de 36 semaines, de son deuxième enfant.  « La grossesse allait bien.  Et puisque Martin travaillait, je suis allée faire du camping à Oka avec Félix Olivier et mes parents », commence-t-elle.

 

Le lendemain matin, elle s’est réveillée avec de gros maux de ventre.  « Quand j’ai appelé mon chum, il s’en allait au travail.  Il était sur le Métropolitain. Je lui ai demandé de venir me chercher », enchaîne Véronique avant d’ajouter : « On s’est donné rendez-vous en face de l’hôpital de Saint-Eustache, où l’infirmière m’a avisée par téléphone  qu’il serait sage de me rendre à l’hôpital de Sainte-Agathe », précise Véronique.

 

Sans trop de soucis, ils sont partis.  Ils ont passé Saint-Jérôme, sans même pensé arrêter à l’hôpital.  « C’est à Sainte-Anne-des-Lacs que j’ai perdu mes eaux », se souvient-elle.  Tout de suite, elle a réagi en demandant à Martin d’appeler l’ambulance.  « Il connaît la 15 par cœur.  Il était vraiment ça coche », se rappelle-t-elle.  La répartitrice du 911 était sur Bluetooth.  Martin lui a indiqué que la prochaine sortie qu’ils allaient croiser était la 64, celle du Mont-Gabriel.

 

Sentant le bébé qui voulait sortir rapidement, Véronique s’est débarrassée de son pantalon.  « J’étais à quatre pattes sur le siège de la voiture tellement ça faisait mal.  Je ne pouvais pas baisser mon siège à cause du banc d’enfant sur la banquette arrière », se rappelle-t-elle.  « J’ai sorti mon bébé en même temps que j’ai vu le cœur sur les pentes du Mont Gabriel, d’où le nom de Raphael Gabriel », affirme la maman qui s’est soudainement sentie stressée, réalisant qu’elle n’avait aucun équipement pour assurer la suite des choses.

 

Une bonne équipe

 

« On a rapidement essuyé l’enfant.  Il ne respirait pas.  Il était bleu.  On a donc fermé l’air climatisé et monté le chauffage.  On l’a réchauffé.  Je l’ai enfin entendu pleuré. Ce qui a duré quelques secondes m’a paru tellement long ! », confie Véronique.

 

La répartitrice, qui a suivi l’aventure à distance, leur a rapidement demandé s’ils avaient un contenant pour le placenta et un lacet pour nouer le cordon ombilical, afin d’arrêter la circulation.  « Pour le contenant, j’ai mis la main sur un bloc empilable, un jouet qu’on avait laissé par hasard dans la voiture pour Félix Olivier.  Pour le lacet, pas moyen d’utiliser ceux des chaussures de Martin ou des miennes.  Même le cordon du capuchon du gilet de Martin était cousu après.  On l’a quand même utilisé ! », s’amuse à raconter Véronique.

 

Arrivés à la sortie 64, ils ont vu les ambulanciers sur l’accotement.  « Quand on est sorti de la voiture, j’avais le bébé dans les bras et le coton ouaté attaché au cordon ombilical qui traînait.  Les ambulanciers ont voulu aller chercher une civière mais ce n’était pas nécessaire.  J’étais sur un high.  J’ai refusé l’oxygène qu’ils m’ont offert. Il me semblait que j’aurais pu aller courir un marathon ! », lance-t-elle, alors qu’elle plaisante que Martin, lui, était brûlé.

 

« On a vraiment fait une bonne équipe », tient à confier Véronique qui souhaite aussi mentionner qu’elle et Martin s’en sont voulus pendant longtemps d’avoir été un peu « cowboy » dans cette aventure. « On est passé devant deux hôpitaux, sans s’arrêter.  On s’est souvent demandé si on avait mis la vie de notre enfant à risque.  Heureusement, il est en santé ! », conclut Véronique, qui a vécu cet accouchement plutôt insolite avec calme et courage. 

 

 

 

Texte: Anny Champoux

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