Rares sont ceux qui ne veulent pas être dans la norme ou bien au-dessus. Elle est sournoise, la normalité. Elle endoctrine notre cerveau, sans nous en parler.

 

Quand on devient parent, il est facile d’en faire un but, pour ne pas dire une fierté.

 

Dès l’annonce de la grossesse, on nous bombarde de comparaisons, de barèmes, d’évaluations, de tests. On nous remet la « bible du 0-2 ans » , remplie de statistiques qui définissent la norme.

 

Notre raison nous dit que c’est pour le mieux. Après tout, les avancées scientifiques permettent de déceler rapidement des anomalies et de sauver des vies. Par contre, le côté émotif nourrit rapidement la peur de ne pas correspondre à cette norme.

 

Les 10 derniers mois m’ont fait réaliser quelque chose. Un fait qui semble si simple, qui va de soi, mais qui pour moi, embrouillée par la fatigue et le désir de bien faire, avait tendance à prendre le bord. J’ai compris que les choses arrivent d’elles-mêmes. 

 

Je me souviens, en fin de grossesse, à quel point j’étais ébahie que mon corps ait fabriqué un être humain sans que je fasse quoi que ce soit. (Bon, presque rien… Ah!) Quelle confiance j’avais maintenant en la machine humaine. La nature était si bien faite, si puissante, je m’étais alors promis de laisser aller les choses… Puis, ma 8e merveille du monde est arrivée.

 

Eh là là… !

 

Voici un échantillon (minuscule, pour ne pas trop vous étourdir ! 😉 de cette course folle vers l’atteinte de la normalité.

 

De la part des autres:

« Ton taux de fer, sucre, protéine, alouette, n’est pas normal. »

« Ta bedaine est anormalement petite… ou grosse. »

« As-tu accouché normalement ou par césarienne? »

« C’est normal de pleurer de douleur en allaitant. »

« Ton bébé suit sa courbe normale. »

« À son âge ce serait normal de faire ses nuits! »

« Mange-t-il normalement? »

«Si tu veux qu’il soit normal, il doit marcher à quatre pattes»

 

De soi-même:

À sa sortie : respire-t-il normalement?

Ses cacas : Analyse systématique de la normalité de la couleur/texture/odeur.

En soirée, lors de ses crises : Il doit avoir de la douleur, ce n’est pas normal!?

Lors de ses boires: Ça fait si mal, il ne doit pas prendre le sein normalement.

Durant les nuits: il se réveille sans cesse, on doit faire quelque chose de pas normal?

Quand il a commencé à manger : il ne mange rien, c’est normal? Il ne se nourrirait que de framboises, c’est normal?

Au sujet de son développement : Il ne nous regarde pas tant que ça dans les yeux, il ne rampe pas encore… ce n’est pas normal!!!

 

Et si on prenait une bonne bouffée d’air!?  

 

Un jour, tu te rends compte que ton bébé tout neuf approche le 1 an de vie. Et tu constates qu’il fait sa vie de bébé. Il boit, il mange, il rit, il pleure et rien de ce que tu considérais comme normal ou non n’a eu d’impact sur les étapes qu’il devait vivre.

 

Bien sûr, prendre soin, apaiser, accompagner est d’une grande importance. Pour le reste, la comparaison n’a rien de bénéfique, l’inquiétude d’être dans la norme encore moins. Parce que si on y songe un instant, nous ne sommes que spectateurs face à la vie qui est bien plus grande et complexe que nos idéaux et nos attentes.

 

Et au fond, souhaitons-leur de ne pas être « normaux », mais plutôt d’être eux-mêmes et de s’aimer comme ça. 

 

Toi cher parent, la quête de la normalité t’a-t-elle happé avec l’arrivée de ton bébé? Te hante-t-elle encore? 

 

 

Nath P., Val-David

Juin 2019

 


 

 

Nath P. est maintenant maman. À travers ses récits lucides, sans filtre, elle nous livre ses histoires de maternité.  Sensible, ouverte, critique, Nath P. doit apprivoiser son nouveau rôle. Le but de ses écrits? Sortir des clichés et présenter une autre réalité, la sienne, afin d’aider les nouvelles mères à ne pas se sentir seules au monde.