Après avoir fait un stage au Mali, traversé le Canada, enseigné dans le Grand Nord québécois et fait le tour du monde, Anne-Marie et Jean-Félix ont choisi Val-David comme port d’attache.  « Je me suis toujours dit que le jour que j’allais être parent, j’aurais vécu mes rêves pour ensuite accompagner mon enfant dans les siens », explique le papa de Danaël qui aura bientôt deux ans.  Il ajoute : « Aujourd’hui, la magie, c’est de découvrir notre enfant ».

 

Anne-Marie est originaire de Québec. Elle a 29 ans.  Jean-Félix a grandi en Outaouais et compte pas loin de 37 années de vie dans sa besace.  Lui, c’est le grand rêveur, tandis qu’elle, est organisée et à son affaire.  « On s’est entrechoqué avant de s’enlacer.  Aujourd’hui, à deux, on a une vision 360°.  On est fort de toute notre histoire », affirme Jean-Félix.

 

Le couple s’est rencontré à Québec, alors qu’ils étudiaient à l’Université Laval.  « Le voyage a toujours fait partie de notre histoire », partage Anne-Marie qui souligne que durant l’année de leur tour du monde ensemble, ils ont eu à se faire face au quotidien, avec leurs forces et leurs défis.  « On a travaillé sur notre équipe à temps plein », précise-t-elle.

 

Trouver le port d’attache

 

Avant de partir découvrir la planète, il leur importait de trouver un petit village dans la nature, où ils allaient pouvoir s’ancrer à leur retour.

 

« On s’était fait un itinéraire de villages en villages, qui se terminait à Val-David », raconte Anne-Marie, enchaînant : « Nous y sommes arrivés durant une soirée de financement pour le festival des Contes Maltés.  L’église, au cœur du Village, était animée d’une soirée dansante de sets carrés.  Par hasard, à la fin de la veillée, on a marché jusqu’au bout de la rue et on s’est retrouvé au Parc des Amoureux, sur le bord de la rivière. Instinctivement, j’ai touché mon ventre et j’ai dit à Jean-Félix que c’est ici que j’aimerais que nos enfants naissent et grandissent ».  Ce fut un moment magique, qui s’est concrétisé.

 

Ils sont revenus en juin 2016 et Anne-Marie est tombée enceinte en octobre de la même année.  Elle a donné naissance à Danaël, le 2 juillet 2017.  Selon Jean-Félix, la plus grande alliance d’un couple, c’est d’avoir des enfants.  « Ça a été difficile au début pour moi. C’est une grosse étape de vie que de passer de mon adulescence (adolescence prolongée) à avoir une vie bien rangée », témoigne Jean-Félix qui, aujourd’hui, dessert les quatre commissions scolaires des Laurentides en tant que conseiller pédagogique, au secteur adulte.

 

« Ce qui frappe le plus, c’est le futur.  Quand tu es sans enfant, tout naïf, tu vis au jour le jour.   Quand t’es parent, tu focus sur le futur : avoir un job stable, mettre des sous de côté pour acheter une maison et s’assurer d’avoir une bonne voiture.  On assume qu’on est devenu mature », exprime l’homme qui, au début de la trentaine, a refusé un emploi stable à l’Université Laval et a tout laissé derrière pour partir avec son pack sac.

 

Voyager avec bébé

 

Quand Danaël a eu six mois, Anne-Marie et Jean-Félix ont décidé de partir avec bébé et de voyager pendant un mois au Mexique « pour vivre notre nouvelle réalité et prendre le temps de se déposer dans notre famille de trois », explique la maman.  Jean-Félix avait conservé ses cinq semaines de paternité, qu’il a pu utiliser pour ce voyage.

 

L’achat des billets s’est fait sur un coup de tête.  « Un paquet de monde à Val-David nous avait conseillé d’aller sur la côte ouest du Mexique, à Zipolite et Mazunte.  C’est ce qu’on a fait », raconte l’aventurière qui n’a pas manqué d’apporter – comme dans tous ses voyages antérieurs – iPod, cahier d’écriture et livres.  « Pas une seule fois je n’ai eu le temps de les utiliser ! », rapporte la maman qui confirme que de voyager avec un enfant est totalement différent que de voyager seule ou en couple. « Avec un enfant, 100% du quotidien est consacré à s’occuper de son enfant », précise-t-elle.

 

La première semaine fut hyper difficile.  « Danaël était extrêmement malade.  Il ne voulait plus boire et était pris d’une très haute fièvre. Il était tellement malade qu’on a pensé revenir », explique Anne-Marie qui ajoute qu’ils sont restés à l’intérieur de leur AirbnB, sans sortir de toute la semaine.

 

Heureusement, grâce à leur hôte qui les a accompagnés chez le médecin et traduit les échanges, Danaël a reçu des antibiotiques qui lui ont permis de se remettre de ses maux.  « On avait une assurance voyage qui a couvert tous les frais médicaux, même si les frais étaient minimes », informe Anne-Marie.

 

Aussitôt que Danaël fut assez bien, ils sont partis vers le village de Mazunte, situé à 9 heures d’autobus publique.  « La route était très montagneuse et sinueuse », décrit la maman voyageuse, racontant que durant le trajet elle et Jean-Félix ont dû changé une couche débordante d’une substance odorante et plutôt liquide.  « La route était tellement chaotique et sinueuse que ça revolait partout », rigole-t-elle.

 

Cette fois, leur Airbnb était situé directement sur la plage et équipé d’une petite cuisine collective munie d’un petit brûleur et d’un frigo.  Sur le balcon, un hamac était installé. « On a regardé le voyage à-travers les découvertes de notre enfant.  Les bruits, les odeurs, les liens qu’il faisait avec les gens.  Les vagues étaient trop puissantes pour que Danaël puisse se baigner, on a quand même pataugé sur la plage. Avec Danaël, tous les jours, on s’installait dans le hamac pour regarder le lever et le coucher du soleil.  C’était notre plus grosse activité de la journée », décrit Anne-Marie. 

 

Une journée, ils sont allés voir les iguanes.  Ils ont utilisé les camioneta, le transport public local, pour se promener d’une plage à l’autre.  De plus, dans cette région, on trouve un centre de conservation et de protection des bébés tortues.  « On a assisté à un grand événement où ils ont laissé aller les petits bébés tortus dans l’océan.  J’ai pensé que c’était une belle analogie de vivre ce moment avec mon enfant », partage la maman.

 

Elle a eu l’audace d’apporter ses couches lavables et de les utiliser presque à tous les jours.  « À part ça, ce qui est essentiel d’apporter en voyage avec bébé, c’est un porte-bébé pour les longues randonnées et une poussette parapluie pour les siestes.  J’avais aussi des céréales en poudre.  Pas besoin de jouet : Danaël a gossé avait ce qu’il trouvait », énumère-t-elle.

 

Les sages conseils

 

Son plus grand conseil pour les parents qui voyagent avec leur bébé, c’est de ne pas avoir une grande attente par rapport aux sorties et visites à faire.  « Selon moi, c’est plus dans le Être que dans le Faire.  C’est de se laisser aller au jour le jour et d’essayer de se ramener à la plus simple expression », précise Anne-Marie, qui donnera la vie à un deuxième enfant au mois d’octobre.

 

« Le sac à dos est moins prioritaire en ce moment, surtout avec l’enjeu environnemental actuel, mais je l’ai toujours dans le cœur », partage Jean-Félix se rappelant cette rencontre qu’Anne-Marie et lui ont fait en Inde, avec un québécois qui s’appelait Jean-François, accompagné de sa conjointe et de ses deux fils qui étaient hyper réceptifs et qui trippaient sur les cartes des divinités indiennes.  Les deux étaient âgés de huit et dix ans.

 

« Mon constat est que, peu importe où tu es, tu es le père ou le fils de quelqu’un et qu’on est tous passé par l’étape de naître.  En Indes, certains vendent des cacahuètes, d’autres des lunettes fabriquées en Chine.  Tout le monde fait ce qu’il fait dans le but de faire vivre sa famille.  Et c’est la même chose pour moi, ici, maintenant, à Val-David », conclut Jean-Félix sur une note philosophique.

 

 

 

Texte: Anny Champoux