Enceinte de 8 mois à l’époque, la vie a basculé pour Audrey et sa famille, quand un chauffard les a frappés de plein fouet, dans un face-à-face, alors qu’ils revenaient de magasiner à Saint-Jovite et qu’ils se dirigeaient vers leur maison, située dans le village de Montcalm. « J’ai juste eu le temps de me dire, ben voyons, ça ne se peut pas que ça nous arrive. Ce serait trop con », se souvient Audrey.

 

Dans un article publié dans l’Information du Nord Mont-Tremblant, on relate l’accident : « La collision est survenue le 15 septembre 2017, vers 20 h 30, sur la route 327 près du chemin Tour-du-Lac à Mont-Tremblant. Pour une raison inconnue, le véhicule fautif, une Ford Escape rouge, circulait en sens inverse. Le conducteur de l’autre voiture, un GMC Sierra, a tout fait pour tenter d’éviter la collision frontale. En plus du conducteur, deux enfants et une femme enceinte prenaient place à bord du GMC. La dame a dû être opérée d’urgence pour tenter de sauver le nourrisson qui a survécu quelques heures avant de perdre la vie ».

 

Les minutes qui ont suivi l’accident

 

Les enfants –Mathis, alors âgé de 14 ans et Blanche, qui n’avait que deux ans – dormaient à l’arrière et s’en sont sortis indemnes, alors que Christian, le conjoint d’Audrey, a eu quelques ecchymoses au thorax. Il en fut tout autrement pour Audrey. « Je ne peux pas expliquer la douleur que j’ai ressentie. J’ai perdu le souffle et il ne revenait pas », relate-elle avant d’ajouter : « En plus, j’avais l’impression d’avoir fait pipi sur moi et j’ai pensé que j’avais peut-être crevé mes eaux ».

 

Malgré le chaos du moment, Christian est vite allé la rejoindre pour tenter de la sortir de la voiture. Elle s’est laissée glisser sous le sac gonflable et est tombée sur le gazon. « Je me rappelle que je regardais les étoiles. Plein de choses se passaient dans mon esprit », partage Audrey. Avant l’arrivée de l’ambulance, un ancien pompier s’est arrêté sur le bord de la route. Une dame infirmière s’adonnait à passer par là aussi. Ils se sont occupés d’Audrey, pendant que Christian s’affairait auprès des enfants et du conducteur qui était plutôt amoché.

 

Les ambulances sont arrivées et les parents d’Audrey aussi. « À ma demande, on nous a conduit à l’Hôpital de Sainte-Agathe, plutôt qu’à celle de Saint-Jérôme. Par miracle, c’est mon médecin qui était de garde et, à mon plus grand réconfort, c’était une bonne amie qui était l’infirmière ce soir- là », raconte Audrey.

 

Dans la tête de la maman, tout ce qu’elle souhaitait, c’était de sauver son enfant. Blessée énormément à l’interne, à cause de l’impact de la ceinture de sécurité qui a fait remonter le placenta, l’équipe médicale a procédé à une césarienne d’urgence. Elle souffrait et le pouls du bébé n’allait pas du tout. C’est là qu’on l’a endormie.

 

La courte vie de Charles 

 

Audrey s’est réveillée à l’Hôpital Sacré Cœur, à Montréal. Traumas. Hernie diaphragmatique. Poumon perforé. Elle aura des séquelles physiques toute sa vie.

 

« On m’a dit que lorsqu’ils ont sorti le bébé, il respirait. Il n’y avait pas de sang dans le cordon. Christian a pris le petit garçon dans ses bras, avant que l’équipe du Children Hospital arrive à Ste-Agathe, en plein milieu de la nuit », raconte Audrey. Tout le monde voulait aider. Tout le monde voulait sauver le petit Charles.

 

Plus tard, le médecin est venu rejoindre Christian et lui a dit : « J’ai tout fait…. Il aura des séquelles toute sa vie, puisqu’il a manqué d’air et de sang ». Christian, confronté à prendre une décision cruciale, se mettait dans la peau d’Audrey. Qu’aurait-elle fait à sa place ? Elle aurait probablement tout fait pour le sauver.

 

Dans les minutes qui ont suivi, arrêtant tranquillement de respirer, le petit Charles est parti de lui-même. « C’était sa décision à lui », explique Audrey qui renchérit que lorsqu’elle s’est réveillée, elle savait qu’il n’était plus de ce monde. « Qu’on me croit ou pas, j’ai vu mon fils. Je m’en suis souvenue. C’était un ressenti. Une lumière. Un apaisement. Le petit Charles me disait de ne pas m’en faire… ».
Christian a tenu à ce qu’Audrey puisse tenir son enfant dans ses bras. Il s’est organisé pour que l’enfant soit transféré à l’hôpital de sa mère. « De ne pas l’avoir vu, ça aurait été irréel. On a quand même vécu huit mois ensemble! J’aurais tant aimé le prendre plus longtemps », témoigne la jeune femme.

 

Les funérailles de Charles ont eu lieu deux semaines plus tard. Aujourd’hui, Audrey porte un pendentif qui contient des cendres de Charles. « De cette façon, il est proche de moi », tient-elle à souligner.

 

La vie doit reprendre son cours

 

À la question : « Reste-t-on toujours avec l’impression qu’il manque quelqu’un dans la famille ? », Audrey répond : « La première année, oui. J’ai fait beaucoup de déni. On est allé au Mexique. À New York. J’ai organisé un gros party de Noël. Chaque fois que je m’arrêtais et que je me retrouvais seule avec moi-même, je pleurais. De plus, j’étais incapable de dormir ».

 

L’hiver après l’accident, Audrey a commencé à rencontrer une psychologue régulièrement, pour son plus grand bien. « Sans soutien, tu peux tomber creux, partage la courageuse maman. Il a fallu que je passe à-travers la dépression pour me relever. Tomber, pour devenir plus forte ».

 

En mai, elle est tombée enceinte. « J’ai fait une fausse couche cinq semaines plus tard », relate-t-elle, expliquant qu’elle a toujours voulu une grande famille. C’est un peu plus d’un an après l’accident qu’elle donnera la vie au petit dernier de la famille, Laurier, qui a aujourd’hui cinq mois et demi.

 

L’importance d’en parler

 

Qu’est-ce qu’on devrait dire, Audrey, à une personne qui vient de vivre un deuil périnatal ? « En fait, y’a rien à dire », conseille-t-elle, avant d’ajouter : « Tout ce que l’on souhaite, quand on vit notre deuil, c’est du soutien. C’est d’avoir quelqu’un qui a une oreille pour nous écouter, sans poser un million de questions. Quand on a eu l’accident, ce qui m’a aidée le plus, c’est d’en parler ».

 

« De perdre un enfant, ce n’est pas facile pour personne et je pense qu’avec l’expérience que j’ai vécue et que je vis encore, je peux aider d’autres familles.  J’ai l’impression qu’en parlant de Charles, d’une certaine façon, je le garde en vie », conclut Audrey, rappelant qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide et qu’il y en a partout. 

 

 

Ressources:

  • La Balle de laine à St-Jérôme offre des rencontres mensuelles de groupe entre parents ayant vécu le décès d’un enfant
  • Le groupe de parents Par’Anges du CISSS des Laurentides. Info: 819-326-3111
  • Revenir les bras vides est une série de quatre émissions dans lesquelles des parents ayant vécu un deuil périnatal et leur entourage nous livrent leur histoire. Cette série permet de mieux comprendre ce sujet encore tabou de nos jours et le silence qui l’entoure (CHU Ste-Justine)
  • Parents Orphelins offre des services destinés aux parents vivant un deuil périnatal, à leurs proches et aux intervenants, et ce, partout au Québec

 


Texte: Anny Champoux

Photo: Dominic Bouffard