Malgré les trois refus consécutifs du gouvernement du Canada d’accorder le visa de visiteur, qui aurait permis à Joëlle d’être accompagnée de son conjoint hondurien, Erick Eduardo à la naissance de leur enfant au Québec, l’amour règne au sein de la famille qui a espoir qu’un jour ils pourront s’acheter une petite maison et vivre ensemble avec leur enfant, Estrella (9 mois), dans les montagnes, à Val-David.

 

Tomber en amour au Honduras

 

Au début de l’année 2018, la Valdavidoise entame un voyage en Amérique Centrale, dont le parcours prévu était de se rendre jusqu’au Pérou pour célébrer le mariage d’une de ses amies.  « En partant du Belize, je me dirigeais vers Utila, un petit village situé sur une île de la côte Atlantique, pour y pratiquer deux jours de plongée sous-marine », explique la jeune femme.  Elle décide de prendre des cours de plongée afin de parfaire ses habiletés.  Erick est son professeur.  Ils tombent vite dans un amour qui ne cesse de fleurir. « Je suis restée à Utila trois mois avant de repartir ! », ricane Joëlle.

 

Pendant les premiers mois, chaque jour, ils ont fait de la plongée sous-marine main dans la main, à découvrir les merveilles qui se cachent dans les coraux des eaux turquoises de cette petite île. « Et chaque soir nous allions sur le bateau à regarder le coucher du soleil, puis les étoiles, bercés par les vagues », se rappelle-t-elle.

 

Le cœur gros et le sac au dos, elle décide de continuer son périple vers le Pérou.  « Erick et moi, on se parlait au téléphone continuellement.  On se sentait déchiré d’être ainsi séparés », raconte Joëlle, qui, deux jours après son départ d’Utila, a appelé sa mère pour lui demander conseil. « Quand je lui ai expliqué que je ne sentais plus l’intérêt de me rendre à ma destination initiale, ma mère m’a répondu que le plus beau voyage, c’est bien celui du cœur », partage l’aventurière.

 

Trois jours après son départ d’Utila, Joëlle apprenait qu’elle était enceinte.  Elle est retournée rejoindre Erick, le cœur léger, sans aucune hésitation !

 

Vivre la grossesse en Espagne

 

Puisqu’il est originaire d’un pays considéré pauvre, Erick ne peut pas visiter le Canada aussi facilement qu’on pourrait le penser.  Il doit en faire une demande officielle au gouvernement.  Assumant qu’Erick allait obtenir son visa de visiteur, le couple prévoyait vivre la grossesse à Val-David.

 

Pour Joëlle, il était inconcevable de demeurer au Honduras durant les neuf mois qui allaient suivre. « J’avais peur du Zika, qui est bien présent au Honduras », précise Joëlle, expliquant que lorsqu’une femme enceinte est piquée par ce fameux maringouin, les conséquences peuvent être vraiment dangereuses pour le fœtus.

 

« Quand nous avons su que la demande de visa avait été refusée, nous nous sentions impuissants. Ne pouvant pas vivre chez moi avec la personne que j’aime, j’avais l’impression d’être une réfugiée », confie Joëlle.  Pour différentes raisons, ils ont choisi l’Espagne pour vivre ensemble la gamme d’émotions qu’une grossesse peut apporter à un couple et se préparer à être parents.

 

« On souhaitait vivre neuf mois paisibles. Des amis nous ont accueillis.  On s’est affairé à une deuxième demande de visa, avec toute la paperasse qui va avec.  On vivait dans nos valises. Avec workaway, on a fait du travail bénévole dans une oliveraie, en échange d’être logés dans une van et nourris. C’était plutôt stressant. La deuxième réponse négative de notre demande de visa est arrivée.  On s’est retroussé les manches et on a fait une troisième demande, cette fois avec l’aide d’un avocat », détaille Joëlle.

 

Trois en trois. Une après l’autre, les réponses négatives ont mis au pied du mur Joëlle et Erick, qui ont dû faire un choix déchirant. « Pour des raisons de citoyenneté et parce que j’avais le goût d’être chez moi pour accoucher, à huit mois et une semaine de grossesse, nous avons convenu qu’il était préférable que je retourne seule au Québec pour mettre au monde notre enfant.  On a pris cette décision avec notre tête et non avec notre cœur.  C’était le choix le plus intelligent et aussi le plus triste ».

 

Accoucher à Sainte-Agathe

 

Le 11 janvier 2019, Estrella est née à Sainte-Agathe-des-Monts, après un accouchement sans problème.  Papa était présent via Facetime.  « Tous les jours, durant les deux mois et demi qui ont suivi sa naissance, nous avons passé du temps sur Facetime pour qu’Estrella reconnaisse la voix de son père », partage Joëlle qui témoigne qu’à leur première rencontre le père et sa fille se sont bel et bien reconnus.  Erick était ému et Estrella gazouillait.

 

Durant ce court séjour au Québec, Joëlle a eu recourt à plusieurs ressources communautaires, telles que le Centre d’aide aux familles Latino-Américaines  – basé à Montréal – qui l’a beaucoup aidée à remplir toute la paperasse des visas.  Aussi, la Maison de la famille des Pays-d’en-Haut l’a sauvée du pétrin, après qu’elle ait perdu ses bagages durant son vol de retour d’Espagne, le 23 décembre.  « Je venais de perdre tout le linge de bébé que j’avais acquis en Espagne.  L’équipe de la Maison de la famille m’a ouvert la porte et m’a dit de prendre tout ce dont j’avais besoin : chaise haute, vêtements et accessoires pour bébé.  Je leur en suis tellement reconnaissante ! », souligne la jeune maman.

 

« J’aimerais aussi mentionner le groupe Facebook Maman Bio, qui m’a permis de sortir de l’isolement avec l’entraide entre mamans et les activités proposées avec nos enfants », soutient Joëlle. Il y a aussi Partage et Solidarité Laurentides – situé au chalet Dion à Val-David – qui lui a permis de faire des économies d’épicerie, afin de retourner rejoindre Erick le plus tôt possible.

 

Puis après deux mois de verglas et de froid, Estrella prit l’avion pour la première fois de sa vie, en direction du pays de sa création ; le Honduras ! « On y passa de jolies moments tous réunis avec la grande, l’immense famille hondurienne qui était tous aussi heureux de rencontrer la nouvelle venue ! », décrit la jeune maman.  Après quelques mois de chaleur, Joëlle refît les bagages pour Estrella et elle, redit adieux à son amoureux, puis repartit pour Val-David le cœur gros, sachant que l’été au Québec ça passe vite.

 

Aujourd’hui, Joëlle, Erick et Estrella sont réunis.  Ils vivent heureux ensemble dans un appartement à Utila, pas très loin de la famille d’Erick, qui vit dans le petit village de Caulotales.  Ils attendent la réponse de la demande de visa de résidence qu’ils ont faite en février dernier.   « Si le Canada respecte ses délais, nous devrions revenir en famille au Québec pour le Temps des sucres », confie d’une voix remplie d’espoir cette jeune aventurière de la vie, Joëlle.

 


Texte de Anny Champoux