La naissance de Rose est l’histoire d’une aventure rocambolesque.  Une probable répercussion du fait que ses parents, Marie-Ève et Tom, n’avaient jamais songé à la possibilité qu’elle naisse prématurément. « Comme parent, je trouve que l’on n’est pas informé de cette éventualité.  Après coup, je me suis trouvée naïve d’être partie du Nunavik trois semaines avant Tom, pour accoucher à Montréal », souligne Marie-Ève, précisant que dans le Grand Nord québécois seuls les Inuits accouchent à l’hôpital. 

 

Du Nord au Sud

 

Le couple s’est rencontré en 2011, alors qu’ils enseignaient à Kangiqsujuaq (Nord-du-Québec).  Ils sont devenus des amoureux l’année suivante.  En avril 2013, Marie-Ève est tombée enceinte de Rose, dans ce petit village nordique situé sur le bord de la rivière Koksoak.  Elle lui a donné naissance 34 semaines et trois jours plus tard, à Montréal.

 

Après le congé de maternité, les trois sont retournés vivre une dernière année au Nunavik et c’est à l’été 2016 qu’ils se sont établis à Val-David.  Maintenant et depuis deux ans, Marie-Ève et Tom habitent dans leur maison à Val-Morin avec leurs deux enfants : Rose, âgée de 5 ans et Charlotte, qui est arrivée au monde il y a 14 mois.

 

« Après avoir vécu 5 ans dans la toundra, on ne pouvait pas imaginer vivre dans la métropole.  C’était devenu notre rêve de s’enraciner à proximité du village de Val-David.  On y aime le sentiment de communauté et les possibilités d’implication citoyenne.  De plus, on y retrouve plusieurs avantages de la ville, à la campagne », explique la montréalaise d’origine.

 

Le plan de naissance

 

La réalité du Grand Nord fait en sorte que le médecin visite le village une seule fois par mois.  C’est pourquoi les suivis de grossesses y sont effectués par des infirmières.  « Puisque les Blancs n’accouchent pas à Kangiqsujuaq, je m’étais organisée pour être accompagnée par une sage-femme à Montréal, pour la fin de ma grossesse », raconte Marie-Ève.  L’accouchement en maison de naissance était prévu aux alentours du 2 janvier.

 

Le plan était que Marie-Ève parte pour Montréal à 34 semaines et que Tom allait la rejoindre à 37 semaines de grossesse. « De cette façon, puisqu’on quittait le Nord pour un an, ça laissait trois semaines à Tom pour faire toutes les boîtes et bien fermer la maison », relate-t-elle.

 

S’adapter au changement

 

Tel que prévu, à 34 semaines de grossesse, Marie-Ève a pris l’avion pour se rendre à Montréal.  Trois jours plus tard, à l’aurore d’un beau samedi matin, ses eaux ont crevé.  « J’ai appelé Tom et lui ai expliqué qu’il fallait qu’il s’en vienne là ! », se rappelle Marie-Ève, informant que dans le Nord, un seul avion décolle chaque jour, et ce, seulement si la température est belle.

 

Le premier vol jusqu’à Kuujjuaq était prévu à 8h, il était presque 7h.  Tom n’avait pas de billet.  En ce court lapse de temps, il a réussi à faire ses bagages et à fermer la maison pour toute l’année.  Le chien et le violon sont embarqués avec lui.  Il a apporté l’essentiel et s’est rapidement rendu à l’aéroport.  À son arrivée, on l’a vite informé que les 40 sièges de l’avion étaient vendus.  Racontant sa détresse, Tom est arrivé à persuader l’équipage de lui permettre de prendre le petit siège pliant, à leurs côtés.

 

En parallèle, Marie-Ève est entrée en contact avec la sage-femme et s’est rendue à l’Hôpital LaSalle, à Montréal, puisque la maison de naissance n’effectue pas d’accouchements prématurés.  « Le travail ne démarrait pas.  J’ai donc pris le temps d’appeler une amie à Kuujjuaq pour qu’elle trouve une place sur l’avion de 14h, qui permettrait à Tom d’être à Montréal à 16h », débite-t-elle.  Ce qui fut fait : une âme généreuse a laissé sa place sur ce vol pour Tom.

 

« De mon côté, je négociais du temps avec le médecin gynécologue qui souhaitait rapidement provoquer le travail.  La sage-femme me supportait dans mes interventions.  Et, selon les infirmières et le docteur résident, le bébé et moi étions sans aucun danger avant 18h, heure prévue pour l’arrivée de Tom », partage Marie-Ève.  Dès l’arrivée du papa, le travail a commencé.

 

Un début de vie difficile

 

L’accouchement s’est bien déroulé.  « Quand Rose est née, j’ai pu la prendre dans mes bras pendant cinq minutes avant qu’ils la reprennent.  Nous étions inquiets parce qu’on ne savait pas ce qui se passait. Je me suis endormie de fatigue », relate la maman.  À son réveil, Tom l’a informée que Rose est née avec une pneumonie et qu’elle vivait une détresse respiratoire.

 

Les trois premiers jours ont été critiques pour la vie de la petite Rose qui pesait à peine 4 livres, branchée sur l’aide respiratoire et médicamentée d’antibiotiques.  « Nous étions tellement inquiets.  Nous avons passé six jours sans pouvoir la prendre dans nos bras, tout le contraire du peau à peau », confie Marie-Ève qui ressentait de l’injustice.

 

Rose a été hospitalisée pendant un mois.  Chaque fois que l’équipe médicale tentait de lui enlever l’aide respiratoire, le nourrisson ne pouvait pas respirer d’elle-même.  Durant ce temps, Marie-Ève et Tom ont vécu un quotidien difficile, hébergés dans une chambre de l’hôpital, en néo-natalité.

 

Depuis la naissance de Rose, Marie-Ève pompait son lait maternel, qui était ensuite donné au biberon pour nourrir le poupon.  « Grâce à l’aide des infirmières, j’ai ensuite pu allaiter Rose.  Il n’y avait rien de certain, puisque les bébés nourris au biberon refusent parfois le sein », soutient la maman qui a allaité son enfant jusqu’à l’âge de 4 ans.

 

Le retour à la normale

 

« Nous sommes sortis de l’hôpital le 26 décembre et c’est là que j’ai vécu la vraie maternité », confie Marie-Ève, qui, avec l’aide de Tom, se sont adaptés à leur nouvelle réalité de parents, sans l’aide des infirmières.  Un mois plus tard, une deuxième pneumonie, leur a donné une bonne frousse.   « Pendant au moins deux ans après, j’ai eu peur que Rose arrête de respirer et qu’elle meurt », se rappelle Marie-Ève.  Elle ajoute qu’aujourd’hui, à l’âge de 5 ans, Rose est une enfant bécoteuse, qui a besoin de beaucoup d’affection et qui, avec l’aide de pompes pneumologiques, a une santé stable.

 

La naissance de leur deuxième enfant, Charlotte, n’a pas été sans inquiétude, avec un repos imposé à la maman pendant les trois dernières semaines de grossesse.   L’accouchement s’est déroulé normalement, à 38 semaines et en maison de naissance.

 

De son expérience, Marie-Ève conclut : « On rêve de l’accouchement parfait.  Ça ne m’avait jamais traversé l’esprit d’avoir un enfant prématuré et je ne connaissais pas du tout les conséquences que ça pouvaient engendrer.  Je pense qu’il est important de savoir que malgré tout, il est possible d’allaiter son enfant, même s’il est prématuré et malade.  Il suffit de demander de l’aide et du support pour permettre aux mamans de pomper le lait maternel, jusqu’à temps qu’il soit possible de transférer du biberon au sein ». 

 

 


Texte: Anny Champoux