08/01/2020 –  Aussitôt que la gynécologue lui a soufflé à l’oreille « À partir de maintenant, tout ira très vite » et qu’elle a entendu « Code P1 » annoncé à l’intercom de l’hôpital de Saint-Jérôme, Kim savait que l’accouchement de son premier enfant allait se dérouler autrement que ce que les cours prénataux lui avaient prédit.  « Mon fils m’a sauvée.  Si son rythme cardiaque n’avait pas chuté drastiquement lors de l’accouchement, je me serais vidée de tout mon sang et je ne serais pas ici pour témoigner de notre expérience », explique la maman qui a été prise du syndrome HELLP, qui survient sans facteur prédictif, avant, pendant ou après l’accouchement. 

 

Rappelons que le terme « HELLP » est l’acronyme en anglais de Hemolysis Elevated Liver enzymes Low Platelet count . Cette complication de la pré-éclampsie est rare et peut toucher de 1 à 3 % des grossesses.  Exceptionnellement, le syndrome HELLP a provoqué chez Kim une rupture du foie (0,001% à 0,002% des cas de HELLP), entraînant la perte de 3,5 litres des cinq litres de cette ressource vitale qu’est son sang.

 

Deux ans et demi plus tard, la maman d’Arnaud est prête à en parler.  « Je souhaite partager notre histoire pour informer les gens de cette maladie qui est si peu connue.  Loin de moi l’idée de faire peur, mais on n’en entend tellement pas parler, que même l’équipe médicale n’avait pas l’air d’être au courant », confie Kim.

 

Une grossesse de rêve

 

Kim et Pascal forment un couple depuis 10 ans.  Kim est originaire de Saint-Faustin-Lac-Carré, Pascal, de Brébeuf.  « Pascal a été champion durant et après l’accouchement.  C’est lui qui consolait ma mère dans les nombreux moments d’inquiétude à l’hôpital et il a vite embarqué dans son rôle de père au retour à la maison, puisque de prendre l’enfant était difficile pour moi », partage la mère d’Arnaud qui a aujourd’hui 2 ans et demi.  La famille habite à Sainte-Agathe-des-Monts.

 

Ils ont fait le choix d’arrêter la contraception en août 2016, ressentant l’appel d’avoir un enfant. Kim est tombée enceinte en décembre.  « Ce fut une grossesse de rêve.  Je dirais même parfaite », souligne-t-elle. À 36 semaines de grossesse, sont arrivées les vacances de la construction. Kim et Pascal se sont joints à un couple d’amis pour aller faire du camping à Brébeuf.

 

À trois reprises, avant de partir à l’aventure, Kim a consulté les professionnels de l’unité des naissances de l’hôpital de Sainte-Agathe.  « J’avais mal à l’estomac, mais puisque j’ai toujours eu des reflux gastriques, ça ne m’inquiétait pas trop.  De plus, j’avais mal en bas des seins, au milieu, et cette douleur irradiait jusque dans le dos », détaille Kim.

 

Test sur test : pré-éclampsie et cœur, tout allait bien.  Pression ?  Parfaite !  Le bébé bougeait bien.  « Les trois fois, je suis retournée chez moi.  J’ai entre-autres essayé du Zantrax.  Rien ne fonctionnait », explique-t-elle, ajoutant qu’ils ont quand même décidé partir en camping avec leurs amis.

 

Les complications surviennent

 

Jour après jour, la tolérance de Kim à la douleur diminuait.  « Je me suis retrouvée pliée en petite boule.  La douleur était telle des coups de couteau à la hauteur du sternum.  J’avais vraiment mal.  Je n’étais plus capable d’endurer », raconte l’agathoise. Cette fois-ci, Pascal et sa belle-mère ont dû insister afin que Kim se rende à l’hôpital de Sainte-Agathe.  « J’étais juste tellement épuisée d’avoir mal et qu’on ne trouve rien une fois de plus », précise-t-elle.

 

À l’urgence, Kim a donc décidé d’expliquer sa douleur autrement, en commençant par parler de sa douleur au dos.  Après l’échographie et un test de sang, les résultats démontraient que ses plaquettes étaient très basses.  « C’est à ce moment qu’ils ont soupçonné que j’avais le syndrome HELLP qui peut gravement compliquer la grossesse. Dans un même souffle, ils m’ont annoncé que le seul remède, c’est d’accoucher.  Je ne comprenais pas trop.  Surtout, je n’étais pas prête du tout ! », se rappelle Kim, qui arrivait directement du camping et pas lavée!

 

Elle n’était pas consciente des conséquences.  On lui a rapidement annoncé qu’elle ne pourrait pas accoucher à Sainte-Agathe et qu’elle devait être transportée en ambulance jusqu’à l’hôpital de Saint-Jérôme.  Avant de prendre la route, on l’a provoqué et installé un ballonnet.  « J’étais stressée.  Tout allait trop vite.  Pascal et moi avons juste eu le temps d’appeler mes parents pour les mettre au courant de la situation et leur demander qu’ils me préparent une valise », ajoute Kim.

 

Arrivés à Saint-Jérôme, on les a installés dans une chambre d’accouchement privée.  La gynécologue a constaté que la dilatation du col de l’utérus était lente.  Puisqu’il ne se passait rien, la spécialiste a décidé de repasser plus tard.  Kim se sentait très faible.  « Je me demandais bien comment j’allais faire quand les contractions allaient débuter.  Pour m’encourager, ma mère me disait que ça allait bien se passer », se souvient-t-elle.

 

Une césarienne d’urgence

 

Quelques temps plus tard, quand la gynécologue est repassée voir Kim, il y avait du sang sur les draps et le rythme cardiaque du bébé avait chuté.  Ce fut le signal d’alarme.  On a immédiatement donné l’ordre d’effectuer une césarienne d’urgence, informant du même coup que personne ne pouvait accompagner Kim dans la salle d’opération.

 

Après que le Code P1 ait été diffusé à l’intercom, toutes les infirmières sont sorties.  Selon la patiente, le visage de chaque médecin qu’elle a croisé était rempli d’interrogations. « C’était une course folle en civière, on a même frappé un mur ! », s’étonne encore aujourd’hui Kim.

 

« À partir du moment où le rythme cardiaque d’Arnaud a chuté, l’équipe médicale avait 15 minutes pour effectuer la césarienne d’urgence, sinon, on mourrait tous les deux », explique la maman d’Arnaud.  Ils ont réussi à sortir le petit en 11 minutes.  À sa naissance, Arnaud était en détresse respiratoire – qu’on appelle asphyxie néo-natale –  car il se noyait dans le sang de Kim, qui en a perdu 3,5 litres au total.

 

Le bébé a été transporté au Children’s Hospital de Montréal, où Arnaud a reçu un traitement expérimental de cooling pour limiter les séquelles au cerveau (placé en hypothermie). Son état s’est stabilisé peu de temps après. Son Apgar était de 2-8-9. L’hospitalisation totale a duré 10 jours.

 

Après sa sortie, ils sont retournés à l’hôpital uniquement pour les suivis réguliers.  Ensuite, pendant un mois, des infirmières du CLSC appelaient quotidiennement et effectuaient des visites aux deux jours.  Par la suite, les visites se sont régularisées à une fois par semaine pour les suivis de la cicatrice de Kim et l’aide à l’allaitement.  « On est extrêmement chanceux, car Arnaud aurait pu avoir des séquelles, ce qui n’est pas le cas.  Il va très bien dans toutes les sphères de son développement.  On remercie toutes les personnes qui nous ont aidés », tient à mentionner la maman.

 

Le deuil d’avoir un 2e enfant

 

À son réveil aux soins intensifs, après une césarienne et deux opérations pour refermer son foie qui avait éclaté, c’était le néant pour Kim : elle ne se souvenait plus de rien.  Elle était toute seule, le ventre très enflé.  Elle ne comprenait absolument rien. Son enfant était-il né? Intubée, elle ne pouvait pas parler.

 

« J’étais vraiment sous le choc.  Quand Pascal est arrivé, j’ai appris ce qui s’était passé.  Je lui écrivais pour m’exprimer et lui poser mes questions.  J’étais si heureuse quand il m’a montré des photos et des vidéos d’Arnaud, qu’il me rapportait de Montréal », relate Kim, deux ans et demi plus tard.

 

À sa sortie de l’hôpital de Saint-Jérôme, Kim a pu se rendre à Montréal pour voir son enfant.  « J’ai tenu Arnaud pour la première fois à 5 jours de vie.  J’ai eu ma première montée de lait en entrant dans la chambre.  J’ai pompé et nourrit Arnaud de mon lait pendant six mois sans jamais pouvoir l’allaiter au sein (tire-allaitement exclusif).  Le soutien et l’implication de Pascal ont tellement été importants pour moi », partage Kim qui, de plus, est consciente qu’il serait très risqué pour sa vie d’avoir un deuxième enfant.

 

« La gynécologue m’a informée qu’à la deuxième grossesse, le risque d’une rupture hépatique mortelle augmente entre 10 et 15%.  Pascal et moi en avons discuté.  Je sais que ça n’a pas été facile pour lui qui a tout vécu d’un point de vue différent du mien.  Il n’aime pas penser à la possibilité de me perdre pour toujours et je le comprends.  Tranquillement, on se guérit de ce deuil d’avoir un deuxième enfant.  Je cicatrise mes blessures. Je ressens le besoin de l’extérioriser et ça me fait du bien d’en parler », conclut Kim Lauzon, une femme courageuse, qui dégage la gratitude et la joie de vivre. 

 

 

Texte: Anny Champoux

Photos: Gracieuseté de Kim Lauzon