21/01/2020  – La langue maternelle de Mélanie est le français et celle de Mark est l’anglais.  En fait, Mark est bilingue jusqu’au bout des doigts.  Sa mère est francophone et son père anglophone.  Au primaire et au secondaire, il a fréquenté des écoles francophones, tandis qu’il a fait le choix d’étudier en anglais au collège et à l’université.  Aujourd’hui, il enseigne l’anglais comme langue seconde au secondaire. 

 

Avec leur enfant Emma, qui a 16 mois, Mélanie et Mark communiquent respectivement dans leur langue d’origine.  Et puis ils ont cette langue commune aux trois, celle des signes, qu’Emma apprend depuis qu’elle a l’âge de sept mois.

 

« Quand Emma a eu 7 mois, on partait pour trois mois en tente-roulotte, un voyage d’escalade et de randonnée aux États-Unis, et je voyais cet apprentissage comme une belle façon d’occuper notre temps en voiture.  J’étais curieuse de voir ce que ça allait donner ! », raconte Mélanie avant d’ajouter : « À part ça, j’avais lu que par les signes, l’enfant se fait comprendre avant même de pouvoir parler, ce qui peut réduire les frustrations de bébé. »

 

C’est simple et facile !

 

Après quelques recherches, Mélanie a adopté l’approche Signé Bébé qui propose des ateliers, des formations, des conférences et des outils dans le but de familiariser les parents, les organismes, les entreprises et les institutions à l’approche pédagogique du langage de signes pour bébé.

 

« Ce que j’ai aimé de leur approche, c’est qu’il n’y a aucune pression.  C’est très flexible : tu fais comme tu veux, quand tu veux.  Même que maintenant, on a nos propres signes qu’on invente nous-même ! », précise la maman.  Pour sa part, puisqu’ils s’en allaient sur la route, Mélanie n’a pas participé aux ateliers.  Elle s’est simplement procurée l’affiche qui présente les signes et leur signification, en ligne.

 

« C’est simple et facile.  À chaque fois que tu dis le mot, tu fais le signe », mentionne Mélanie, qui ajoute que les signes proposés par Signé Bébé, sont un amalgame de la langue des signes québécoise et d’adaptations faciles à exécuter par un bébé.

 

Le premier signe d’Emma 

 

Les trois premiers signes que Mélanie a enseigné à Emma sont « lait », « encore » et « fini ».  « Lait, est celui que je faisais le plus souvent.  C’est un signe adapté : une main ouverte qui se referme, comme si on trayait une vache », explique-t-elle.  Emma avait 10 mois et demi quand elle a, pour la première fois, utiliser le signe « lait » pour en demander à sa maman.  « Quand je lui en ai donné, elle semblait surprise.  Elle avait compris que ma réaction était la conséquence de son geste.  Qu’elle avait réussi à communiquer ! ».

 

D’autant plus pertinent que Mélanie allaite toujours et qu’elle continuera de le faire.  « Disons que c’est une façon plus discrète de demander le sein que si elle venait lever mon gilet ! », ricane Mélanie qui partage qu’elle n’avait jamais imaginer allaiter aussi longtemps.

 

« Je pense que j’avais des préjugés par rapport aux mères qui allaitent plus tard, jusqu’à ce que j’en rencontre dans les cuisines collectives et les haltes-allaitement.  Elles m’ont ouvert les yeux et mes jugements sont tombés depuis », explique la maman qui ne l’a pas trouvé facile au début ! « Notamment à cause de la fatigue accumulée des 23 heures d’accouchement, l’allaitement a été très difficile pour moi durant les cinq premières semaines. Je ne voulais pas abandonner. J’ai dû recourir à l’aide d’une consultante en lactation et je faisais la tournée des haltes-allaitement. Ça prend vraiment tout un village pour élever un enfant ! », lance-t-elle en riant.

 

Depuis l’âge de 12 mois, Emma utilise de plus en plus les mots pour s’exprimer. « Étant un peu paresseuse, j’ai arrêté de lui montrer de nouveaux signes », avoue Mélanie.  C’est Mark qui a pris la relève.  « Il a trouvé un site spécialisé du langage des signes pour bébé. Il les apprend et c’est tellement beau de le voir les enseigner à Emma !  Il a même inventé un signe pour « boire de l’eau » qui est tout simplement de boire dans une tasse invisible », précise la fière initiatrice de ce dialecte familial.  Aujourd’hui, Emma utilise toujours une dizaine de signes. Les plus populaires, selon vous ?  Vous devinerez que « jouer » et « manger » en font partie !

 

 

 

Texte: Anny Champoux

Photo: Dominic Bouffard