04/02/2020  – Après deux tentatives de procréation assistée, Lorraine et Marco demeurent en mode solution et continuent d’espérer d’avoir un enfant ensemble. « Je voulais une famille nombreuse pour mon homme que j’adore », souligne Lorraine qui, d’une relation précédente, a donné naissance à Laurianne, aujourd’hui âgée de 13 ans.

 

Fiancés depuis 2019, Lorraine et Marco se marieront l’été prochain.  C’est un ami commun qui les a présentés un à l’autre, à l’hiver 2009. À l’époque, Laurianne avait 3 ans. « Nous nous aimions beaucoup, mais nous n’étions pas prêts à nous investir dans notre rêve de vie, celui de concevoir notre propre famille », souligne Lorraine.  En toute amitié, ils faisaient des sorties au parc et regardaient des films ensemble.  « C’était doux et agréable. Marco était un bon ami pour Laurianne aussi », précise l’amateure de camping et de plein air.

 

« Nous avons commencé à nous fréquenter sérieusement quelques années plus tard.  Ma fille était alors âgée de 5 ans », raconte l’Agathoise. Elle explique que depuis qu’il est tout petit, Marco a toujours voulu avoir des enfants. « Nous savions que nous voulions agrandir notre famille. Marco était prêt à devenir père et moi, de donner à ma fille un petit frère ou une petite sœur », continue Lorraine.

 

Depuis le moment qu’ils ont déménagé ensemble, le couple a tout de suite essayé d’avoir un enfant.  Chaque mois, pendant neuf mois, Lorraine avait ses règles.  « Chaque fois, je vivais une déception car, dans ma tête, c’était facile de tomber enceinte », explique la maman de Laurianne.

 

Confrontés à l’infertilité

 

Quand il a vu que ça prenait tant de temps, Marco s’est questionné.  Il a eu le sentiment que sa fertilité pouvait en être la cause.  « Nous avons vu le frère et la sœur de Marco ainsi que nos amis devenir parents pour la première fois.  Ensuite, devenir parent pour une deuxième fois. Nous étions toujours remplis de joie pour nos proches, toutefois, une déception se ressentait dans nos cœurs », confie Lorraine.

 

Malgré ce défi, le couple devenait de plus en plus solide et aimant.  Ils ont donc cherché à trouver la raison pour laquelle ils n’avaient toujours pas d’enfant. En 2015, Marco se rend au centre de prélèvement de l’hôpital de Saint-Jérôme pour passer un spermogramme.  Il est accompagné de Lorraine qui témoigne qu’il y a plus plaisant que ça comme expérience.

 

Il a été encore plus déplaisant d’apprendre les résultats, selon elle : « Nous étions en raquette au Mont Catherine quand la secrétaire du médecin de Marco l’a appelé pour lui annoncer que sa vasectomie avait été un succès.   Mon conjoint était en état de choc. Vous êtes en train de me dire quoi, a-t-il demandé.  La secrétaire était mal à l’aise quand elle s’est rendue compte qu’il n’avait pas eu d’opération et qu’elle était en train de lui confirmer son infertilité aussi maladroitement ».

 

Rapidement, le médecin de Marco l’a rappelé pour lui expliquer son résultat.  Il y a trois sortes de spermatozoïdes : les rapides, les lents et les inertes.  Dans la situation de Marco, le taux de spermatozoïdes rapides n’est pas assez élevé pour féconder naturellement.

 

Vite plein d’espoir, vite sans espoir

 

La solution proposée a été la clinique de fertilité.  « Pour Marco son infertilité ne remettait pas sa virilité en question. Ça justifiait seulement pourquoi il n’avais pas encore d’enfant », explique la douce moitié.

 

Selon Lorraine, quand un couple a de la difficulté à concevoir un enfant, il n’y a rien de naturel dans les techniques de fertilité.  De plus, les traitements de fertilité sont très lourds émotionnellement, physiquement et psychologiquement. Le stress se fait sentir.  « On passe rapidement de l’espoir au désespoir », témoigne la femme qui l’a vécu à deux reprises.

 

Après deux tentatives d’insémination artificielle infructueuses, on les informe que la seule solution est la fécondation in vitro.  « Malheureusement, nous n’avons pas les moyens de payer 8 000$ à 15 000$ de dépenses pour tenter le in vitro.  Surtout qu’il n’y a rien de garanti, avec un taux de 30% d’histoires fructueuses », confie Lorraine, dont le couple est loin d’être le seul à mettre sur la glace le rêve d’avoir un enfant pour des raisons financières.

 

Conséquence de décisions politiques

 

Rappelons que la couverture publique de la procréation assistée a pris fin en 2015, sous le gouvernement de Philippe Couillard.   Le ministre Gaétan Barrette voulait à l’époque réduire la facture du programme et mettre fin au « bar ouvert » en matière de fécondation in vitro.  Depuis, les parents infertiles n’ont droit qu’à un crédit d’impôt qui rembourse de 20 % à 80 % du prix des traitements, selon le revenu des ménages.

 

« Malgré que le gouvernement offre des crédits d’impôt aux couples sans enfant, on ne peut pas en bénéficier, puisque moi j’ai un enfant.  On trouve ça injuste et fâchant, puisque Marco n’a pas d’enfant et qu’il a payé des impôts toute sa vie », met de l’avant Lorraine.

 

Comme elle s’y est engagée lors des dernières élections provinciales, la Coalition Avenir Québec (CAQ) souhaite que les couples qui sont incapables de concevoir un enfant puissent avoir accès gratuitement au premier cycle de fécondation in vitro à compter de 2020.  Le gouvernement actuel fait un premier pas vers le rétablissement de la gratuité des traitements de fécondation in vitro par la mise sur pied d’un groupe d’experts pour baliser le programme.

 

« Peut-être que le gouvernement tiendra ses promesses et peut-être que si ma santé nous le permet, nous nous lancerons dans ce long et difficile processus que nous offrent les cliniques de fertilité. C’est peut-être un rêve qui deviendra réalité en 2020 ! », espère toujours Lorraine.

 

Être réaliste

 

« Ma fille à maintenant 13 ans, Marco 34 ans et moi 37 ans et je trouve que ma santé n’est pas à son meilleur en ce moment. Je ne sais plus où j’en suis. Si seulement la procréation assistée était moins souffrante, moins coûteuse, moins compliquée et moins stressante », partage-t-elle avant d’ajouter d’un même souffle : « Malgré tout, je ne dirais jamais non pour avoir un enfant ».  Marco aussi, de son côté, a encore l’idée d’avoir un enfant.

 

« La déception est bien plus grande pour mon Marco : il n’aura peut-être jamais d’enfant à lui, de son sang, de ses gênes et je peux comprendre sa peine.  Heureusement, nous avons Laurianne et nous sommes une famille heureuse malgré tout.  On s’aime plus que tout », soutient Lorraine.

 

Si jamais le couple devait en venir à faire le deuil d’une procréation assistée, Lorraine confirme que l’idée d’adopter un enfant ou de devenir une famille d’accueil pourrait être explorée.

 

Dans un courriel envoyé à notre rédactrice, Lorraine a écrit : « Je dis bravo à tous ceux et celles qui ont vécu des histoires merveilleuses de petits miracles de la vie, car je sais que ça n’a pas dû être facile tous les jours ! Tous les couples infertiles espèrent un miracle et rêvent d’une histoire qui se finit avec un bébé dans les bras.  Ils sont une lueur d’espoir pour nous».

 

 

Texte: Anny Champoux

Photo de couverture: Dominic Bouffard