17/02/2020 – Huit ans après s’être rencontrés, Joanie et Keven qui habitent à Mont-Tremblant, ont trois enfants : Derek (5 ans), Jake (3 ans) et Lena (1 an et demi).   Tous les deux sont d’accord et confirment qu’ils forment une équipe solide parce qu’ils se font confiance mutuellement et qu’ils s’écoutent.  « Le rôle d’être parents, ça se fait à deux! Ensemble, on prend des décisions béton et, de cette façon, on se soutient quand on est mis au défi », précise Joanie, originaire de Val d’Or.

 

Charmant coup de foudre

 

Pendant quatre mois, presque chaque matin, Joanie servait le café à Keven au service à l’auto du Tim Horton de La Porte du Nord.  Chaque fois, elle s’exclamait à ses collègues : « Mon Dieu qu’il est beau ! ».  Un bon jour, quelle ne fut pas sa surprise de le voir entrer pour venir à sa rencontre.  Keven avait décidé d’agir et de lui donner son numéro de téléphone.  « Une heure plus tard, je recevais un texto dans lequel Joanie me disait, passe une belle journée Keven », se rappelle l’entrepreneur Tremblantois.  Charmant coup de foudre !

 

Pourtant, leur première année de couple fut ardue.  « Il n’y a pas grand monde qui aurait gagé sur nous ! », rigole Joanie qui, à l’époque était âgée de 18 ans et aimait sortir avec ses amies.  Durant l’entrevue téléphonique, le rire de Kevin fait écho à son commentaire. Six ans plus vieux qu’elle et avec un horaire chargé d’entrepreneur, Keven témoigne qu’il préférait se coucher tôt. Il précise : « Disons qu’on n’était pas sur la même longueur d’ondes. Avec le temps, on s’est ajusté. À présent, on s’aide à trouver nos repères ».

 

La décision d’avoir un enfant s’est faite naturellement, tout comme le choix de l’allaitement.  Keven a toujours été un soutien important pour Joanie, qui allaite depuis maintenant cinq ans et demi ! Toutefois, le papa a flanché une fois.  Il raconte : « Au début, Derek avait de la difficulté à bien boire.  Après un mois, Joanie avait les mamelons gercés, elle souffrait à chaque tétée. Puisque c’était notre premier bébé, le positionnement n’était pas optimal. Cette fois-là, elle pleurait de douleur et de découragement.  Je lui ai suggéré du bout des lèvres d’utiliser le biberon et, têtue comme elle l’est, elle est passée au-travers.  Ce fût la seule fois ».  Les autres allaitements ont toujours été sans douleur.

 

Le co-allaitement et le cododo

 

Au cours des cinq dernières années, en plus d’allaiter en continu, Joanie a co-allaité à deux reprises : le premier et le deuxième enfant en même temps, ainsi que le deuxième et le troisième.  « Certaines personnes me déconseillaient d’allaiter durant mes grossesses.  J’ai beaucoup lu sur le sujet et je me disais que mon corps allait s’adapter. J’aime faire confiance au naturel.  Sans problème, j’ai toujours pu continuer de donner le sein! », explique la maman qui avait une certaine crainte de jalousie entre les petits.  « Tout s’est passé à merveille, puisque Derek qui avait un an et demi était nourri qu’à certains moments précis. Idem pour Jake et Lena», précise-t-elle.

 

Et Keven dans tout ça ? « Ça fait changer des choses, c’est sûr.  On est maintenant cinq dans le lit ! On a fait le choix du cododo parce que ça facilite nos nuits.  Et pour notre intimité, on redouble de créativité ! », résume le responsable des garçons durant la nuit.  Un lit double, collé sur le lit queen des parents, a été installé dans la chambre.  Lena dort dans le lit de ses parents.

 

De plus, les trois enfants qui ont été nourris exclusivement de lait maternel jusqu’à l’âge de 7 mois, ont ensuite été introduits à une alimentation autonome, dite DME. « Pas de purée, que des aliments en morceaux et c’est le bébé qui prend les aliments avec ses mains pour les porter lui-même à sa bouche », explique Joanie qui trouvent que les principaux avantages de cette approche sont que bébé mange à son rythme et à sa faim et que l’enfant développe sa motricité fine et sa coordination oeil-main et main-bouche.

 

Le regard des autres

 

Imaginez le contraste pour les grands-parents, de ne pas pouvoir donner le biberon à son petit-fils et le nourrir à la cuillère comme la plupart des mamies et des papis prennent plaisir à le faire. Pas de gâteau au chocolat pour les fêtes d’anniversaire, car on évite le sucre. Aucun des trois enfants n’a goûté le chocolat ou les bonbons. Ce n’est pas encore introduit dans leur alimentation. On peut aussi penser que certaines personnes regardent d’un drôle d’œil que toute la famille dort dans la même chambre. « En plus, on n’a pas fait baptiser nos enfants !  Tout ça a été difficile à accepter par nos proches au début, surtout par nos parents », mentionne Joanie, qui est consciente que c’était beaucoup de changements et que ça pouvait sembler marginal pour eux.

 

Keven fait du pouce sur le propos de Joanie : « On a fait tous ces choix à deux.  On n’avait pas de lignes directrices avant de devenir parents.  Par les lectures de Joanie, on a découvert plein d’alternatives intéressantes, que l’on a décidé d’appliquer à notre quotidien.  Ces décisions nous appartiennent.  On y croit et, malgré les jugements, on se tient les coudes dans tout ça ».

 

Pas toujours jojo

 

Toute l’histoire de Joanie et Keven peut sembler idyllique.  « Ça ne veut pas dire qu’on ne se chicane pas parfois ! », lance Joanie, qui ajoute : « En 2017, on est passé à-travers un moment assez difficile ».

 

Elle raconte que la grossesse de Derek et celle de Jake étaient prévues.  La troisième, moins. « On savait qu’il y avait des risques que je tombe enceinte et on s’est dit qu’on allait faire attention.  D’après moi, avant même de se le dire, j’étais enceinte », se rappelle la maman en riant.

 

En parallèle, Keven venait d’acquérir une franchise, en plus de gérer son entreprise de construction.  « J’avais tout investi ce que j’avais.  Toute l’énergie que me demandait le démarrage de cette nouvelle entreprise, en plus du stress qu’engendre d’être le gagne-pain de la famille et de ne pas pouvoir être plus présent à la maison, faisaient en sorte que je me sentais constamment déchiré », se souvient Keven.

 

Quand est venu le temps pour Joanie d’annoncer la nouvelle de cette grossesse à Keven, elle était anxieuse. « J’avais l’impression que ce n’était pas le moment d’avoir un enfant avec tout ce qui se passait.  J’avais peur qu’il soit fâché.  Je pleurais en le lui annonçant », partage-t-elle.  Quelle ne fut pas sa surprise de voir le grand sourire illuminer le visage de Keven qui lui a tout de suite répondu : « Ne t’inquiète pas, c’est une bonne nouvelle, c’est quand même bien un bébé qu’on attend, on va s’ajuster ».

 

Pendant les 39 semaines, Joanie était souvent seule pour s’occuper de Derek et Jake.  « Je me sentais fatiguée et j’étais parfois déchirer entre deux sentiments: la compassion et la frustration. Keven avait énormément de pression sur les épaules.   Je comprenais la situation, mais la frustration de ne pas avoir sa présence – je reste quand même humaine – j’essayais de ne pas trop lui ajouter de pression familiale.  Tous les deux, on vivait beaucoup d’émotions et il fallait savoir les gérer » confie-t-elle.

 

Heureusement, les contractions ont débuté le jeudi soir et Kevin était à la maison.  La naissance de Lena s’est déroulée à merveille le vendredi.  Lena et Joanie sont sorties de l’hôpital le samedi.  Repos en famille le dimanche et de retour à la routine effrénée le lundi.

 

Aujourd’hui, les deux entreprises de Keven roulent à bon train.  Joanie, qui est photographe professionnelle, est très engagée dans la communauté et s’implique notamment chaque année à faire les photos du Défi-allaitement organisé par Nourri Source à Mont-Tremblant, elle est commanditaire du Tournoi annuel de bowling de la Maison de la Famille du Nord ainsi que bénévole pour Une pose pour le rose qui se déroulera le 18 avril, dont les fonds sont offerts à la Société Canadienne du Cancer.  « Notre prochain projet, c’est de bâtir notre maison ce printemps », conclut l’intarissable Keven.  Fiancés depuis la naissance de Derek, Joanie et Keven souhaitent unir leurs vies par le mariage en 2022.  Ils célébreront du même coup 10 ans de vie commune.

 

 

Texte : Anny Champoux, pigiste

Photos: Joanie Beaulieu, photographe