21/05/2020  – Pour avoir vécu une première grossesse avant la pandémie, il y a neuf ans, Isabelle, aujourd’hui enceinte de 16 semaines, peut confirmer qu’avec les mesures de confinement, cette grossesse prend une toute autre allure.  « Puisque je dois y aller seule, Christophe et Ève ne peuvent pas m’accompagner aux rendez-vous médicaux, qui sont maintenant centralisés à Boisbriand et à Laval.  Aussi, on nous a annoncé le sexe de notre enfant par courriel. C’est moins chaleureux. Pour l’accouchement prévu en novembre, on verra bien, c’est encore loin.  Malgré tout, ça n’affecte pas notre bonheur », résume la citoyenne de La Conception.

 

D’hier à aujourd’hui

 

Isabelle est née à Laval et a grandi à Labelle.  Elle a fait ses études collégiales à Saint-Jérôme, en Éducation à la petite enfance.  Vouée à faire carrière comme travailleuse sociale, aux dires de ses enseignants, elle a bifurqué vers les Langues pour compléter son DEC, de crainte d’être trop émotive pour être d’assistance à autrui en continu.  « Les humains m’attirent et j’ai toujours eu une affinité avec les différentes cultures et la vie en communauté, l’analyse et l’observation », raconte-t-elle, précisant que ce sont les raisons qui l’ont motivée à faire son BAC en Sociologie, à Québec.

 

Ses études terminées, ne pouvant pas s’imaginer vivre ailleurs que dans les Laurentides, Isabelle y est revenue pour s’installer à Sainte-Agathe-des-Monts, accompagnée de son amoureux de l’époque.  C’était en 2005.  Son aînée, Ève (9 ans), est née de cette relation en 2010. Pour un certain temps, Isabelle a été maman monoparentale, jusqu’à ce qu’elle rencontre Christophe en 2017, qui a tout laissé ce qu’il avait en France pour venir les rejoindre.

 

« Notre famille est une famille internationale, incluant mes beaux-parents en France, ainsi que le frère de Christophe. On tente de se voir une fois par année. Christophe a tout de suite été inclus dans ma famille.  Mes parents et mes sœurs l’apprécient beaucoup. Nous sommes tous unis. On apprend toujours beaucoup l’un de l’autre. On forme une belle équipe et je suis contente que Ève soit élevée dans ce contexte interculturel, qui est à mes yeux est une richesse familiale que nous possédons », tient à mentionner Isabelle.

 

De plus, depuis septembre 2019, Isabelle a obtenu le poste d’agente de migration à Place aux jeunes Laurentides, un projet chapeauté par le Carrefour jeunesse-emploi Laurentides. « Cet emploi me colle à la peau », confirme-t-elle.

 

Le « Projet 2020 »

 

« On a décidé de concevoir cet enfant en janvier dernier.  C’était notre Projet 2020 ! Nous avons appris que j’étais enceinte le 25 février, le jour de l’anniversaire de Christophe », confie Isabelle. Son livre de chevet durant le confinement ? « Mieux vivre avec notre enfant – de la grossesse à deux ans », répond-elle, soulignant que bien des choses ont changé depuis sa première grossesse, il y a neuf ans, et que ce guide pratique lui offre une information appuyée scientifiquement sur la grossesse, l’accouchement et les deux premières années de vie de l’enfant.

 

Au-delà des adaptations de base qu’Isabelle vit, ce qu’il y a de bien différent pour elle et sa famille, c’est de vivre cette grossesse en temps de pandémie.  « Comme tout le monde, on ne s’attendait pas à ça ! Jusqu’à maintenant, les femmes enceintes ne semblent pas être plus à risque de contracter le coronavirus que le reste de la population.  On prend toutes les précautions depuis le début.  De plus, on a décidé de garder Ève à la maison et c’est Christophe qui va au front, chercher l’épicerie ! », explique la maman.

 

Pour les futurs parents, ça peut être rassurant de lire sur le site de Québec – santé que, « parmi les cas étudiés de femmes enceintes qui ont eu le virus qui cause la COVID-19 dans le monde, aucun bébé n’a été infecté durant la grossesse. Que le virus qui cause la COVID-19 n’a pas été détecté dans le liquide amniotique, le placenta ou le lait maternel des femmes enceintes infectées. Selon les connaissances actuelles, la COVID-19 n’entraînerait pas de malformation congénitale chez les fœtus des mères infectées ».

 

On ne peut pas faire autrement

 

Depuis que les mesures de confinement ont été mises en place, les rendez-vous de suivi sont maintenus en présence ou en téléconsultation. « Pour mon premier rendez-vous, j’ai eu la chance de rencontrer mon médecin en personne.  J’étais super contente, car j’ai pu entendre le cœur de mon bébé », relate Isabelle.  Les échographies, elles, sont priorisées entre 11 et 13 semaines et entre 20 et 22 semaines.

 

En ce qui a trait à l’échographie de « dating » du premier trimestre, c’est souvent une expérience riche en émotion.  On peut juste imaginer ou se rappeler la formidable sensation que de voir une petite forme, un minuscule cœur qui bat : votre futur bébé !  Dans le cas d’Isabelle, puisqu’elle devait se rendre à Laval et pour éviter les déplacements hors région, elle a pu faire le test de trisomie et de clarté nucale en un seul rendez-vous.

 

« J’ai dû m’y rendre seule. Avant d’entrer dans la clinique, on prend notre température avec un thermomètre frontal.  On se lave les mains.  On met le masque.  On suit les flèches.  Tout le monde porte des masques !  Ça fait très impersonnel.  Disons que le côté festif était moins au rendez-vous.  Mais bon, on ne peut pas faire autrement », explique Isabelle.  Même si l’annonce fut faite par courriel, tout le monde était heureux d’apprendre que l’enfant est un garçon. « Depuis le temps qu’Ève me demande un petit frère !  De plus, ce sera le premier garçon dans la famille Fugère », lance fièrement la maman.

 

Pour le moment, les mesures indiquent qu’à l’accouchement, les femmes enceintes peuvent être accompagnées par une personne significative, que ce soit dans les hôpitaux ou les maisons de naissance. « Le papa est accepté à l’accouchement.  Une fois entré, il ne peut pas ressortir avant le congé de maman et bébé. Et, évidemment, on n’a pas le droit de visite », explique Isabelle qui entrevoit que les choses ont le temps de changer d’ici le mois de novembre.

 

Même si la jeune Ève a bien hâte de retrouver ses amies, la famille profite de cette période de confinement pour redécouvrir les alentours, aux abords de la rivière Rouge, au pied de la Montagne d’Argent.  « Je tente de vivre au jour le jour, parce qu’on ne sait jamais ce que les nouvelles du lendemain nous réservent. Donc, j’essaie de ne pas trop me projeter, car tout est encore incertain. Évidemment, j’aimerais que la vie reprenne son cours normal et que mon garçon, Arthur, ne soit pas obligé d’être élevé avec un masque », partage Isabelle, avant de conclure : « Néanmoins, je sais que tous ces soucis disparaîtront lorsqu’il sera dans mes bras ».

 


 

Texte: Anny Champoux

Photos: Dominic Bouffard et gracieuseté d’Isabelle Fugère