Ils se sont rencontrés à l’âge de 15 ans et partagent leur vie depuis.  Mordus de plein air, Jessica et Guillaume ont l’âme aventurière. Aujourd’hui, à 30 ans, leur maisonnée de Val-David bouillonne de vie, animée par leurs fils Ulysse, haut de ses 20 mois et Lou, qui est né il y a cinq semaines à peine.  Complices, les nouveaux parents ont d’emblée adopté la Diversification alimentaire Menée par l’Enfant, une méthode d’alimentation autonome mieux connue sous son acronyme DME. 

Selon cette approche, les parents ne nourrissent pas leur bébé à la cuillère. Dès l’âge de six mois, c’est plutôt le poupon qui prend les aliments avec ses mains pour les porter lui-même à sa bouche. « En plus de faciliter l’autonomie de l’enfant, ça développe un côté sensoriel riche et stimulant. On pense que c’est ce qu’il y a de meilleur pour nos enfants », souligne Jessica, appuyée par Guillaume qui ajoute : « Au début, on a investi beaucoup de temps et d’efforts.  Maintenant, c’est facile ! ».  Selon eux, par cette méthode, un enfant apprend à se nourrir seul en six mois.

Quand ils ont décidé de faire la DME, Guillaume se sentait un brin démuni. « Ça me stressait un peu.  C’est beau vouloir le faire.  Mais quoi faire ?  Et comment ? », confie le papa. Comme il est techno et qu’il ne fait rien à moitié, il s’est mis à faire des recherches sur le web.  Voici deux lectures incontournables qu’il suggère fortement aux parents qui souhaitent emboîter la démarche complète DME : le blogue Bébé mange seul et le guide d’accompagnement Petites mains, grande assiette

Ne rien faire à moitié !

« Pour les recettes, je me suis aussi abonné à plusieurs groupes d’alimentation DME sur Facebook. Je cuisine beaucoup dans la DME », souligne Guillaume qui était peu enclin à préparer des repas avant. « On est maintenant deux à cuisiner et c’est mieux ! », renchérit-il.

De son côté, en plus de ses lectures, Jessica a pris une formation d’une journée, offerte par une nutritionniste, à Boisbriand.  C’était il y a deux ans.  

Six mois et une semaine et demie

L’âge d’introduction des solides au Canada est de 6 mois.  Pour débuter la DME, il est primordial que bébé ait près de 6 mois afin de pouvoir s’alimenter de façon sécuritaire. « Tu sais que ton enfant est prêt quand il arrive à bien se tenir le dos à 90° et qu’il est capable de rendre sa main à sa bouche », précise Jessica qui se rappelle les débuts d’Ulysse, alors âgé de 6 mois et une semaine et demie.  « Il adorait téter le jus de pamplemousse et mâchouiller entre ses gencives l’avocat », se souvient la maman.

Selon Jessica, pour les deux premiers mois de DME, le bébé consomme habituellement 80% de lait maternel et 20% de DME.  « C’est la phase exploratoire où, par essais et erreurs, on découvre les aliments que l’enfant aime.  C’est aussi l’introduction à cette nouvelle habitude d’être tous assis à la table pour manger en même temps, puisque bébé se nourrit seul. L’enfant imite alors les grands ! », partage-t-elle.

Après deux mois de DME, vient la phase 2 d’introduction aux repas et, quelques mois plus tard, l’enfant devrait être capable de manger les mêmes aliments que ses parents.  « Puisque nous sommes végétariens, c’est un peu plus exigeant.  L’important, c’est de bien apprêter les aliments », tient à souligner Jessica qui précise qu’à 13 mois, Ulysse a décidé de lui-même de se sevrer du lait maternel et qu’un mois plus tard, il mangeait les mêmes repas que ses parents, par lui-même.  Le couple envisage conserver leur recette gagnante quand viendra le tour à Lou de suivre les pas de son grand frère.

En zyeutant rapidement les Recettes pour petites mains et grandes mains, on peut confirmer que gastronomiquement parlant, il n’y a rien d’ennuyant à adopter la DME!  Crêpes aux bananes, bouchées aux dattes et bleuets, mini-quiches aux épinards, croquettes de saumon, cari de légumes et tofu, etc…. Menoum!

Les avantages l’emportent sur les inconvénients

Malgré les nombreux avantages, l’alimentation autonome comporte tout de même certains inconvénients.  On pense à un bébé qui mange avec ses mains, c’est salissant. Il risque donc d’y avoir de la nourriture sur le plancher, sur ses vêtements et dans ses cheveux.  Il y a aussi un risque de gaspiller plus de nourriture. L’idéal est donc de lui offrir de petites quantités à la fois.  Les repas sont plus longs, car il faut donner le temps à l’enfant de manger à sa faim.

Et pour répondre à l’inquiétude de tous les parents, celle de la déglutition dont le fameux réflexe vomitif « GAG » et la peur de l’étouffement, Guillaume et Jessica font voix commune pour confirmer par expérience, que l’enfant apprend par lui-même à gérer la nourriture dans sa bouche.  « Avant de commencer la DME, il faut s’informer et reconnaître les comportements sécuritaires, tant au niveau de la grosseur des aliments, qu’au niveau de la position assise, de l’introduction des allergènes et de l’hygiène buccale », partage Guillaume avant que Jessica ajoute : « Et la clé, c’est d’apprendre à faire confiance à son enfant ».

Cet automne, la famille s’adonne à la randonnée pédestre au Parc régional de Val-David/Val-Morin.  Lou est collé au corps de maman tandis qu’Ulysse marche déjà 2-3 kilomètres par lui-même.  Cet hiver, le bout de chou accompagnera papa sur les pistes de ski pour la première fois.  « Guillaume a été moniteur de ski durant plusieurs années.   Pendant qu’Ulysse et lui seront sur les pistes, Lou et moi, on se reposera un peu », envisage Jessica. 

D’ici là, le temps des moissons s’annonce fructueux dans leur petit potager. « C’est tellement cohérent de cultiver nos propres aliments. D’aller cueillir des framboises ou de déterrer des pommes de terre, de croquer dans une carotte dont on a pris soin durant des semaines.  Ça nous fait d’autant plus apprécier la chance de manger des aliments complets », conclut Jessica. De son côté, Guillaume se prépare à un retour imminent au travail, maintenant que son RQAP prend fin.  « J’étais bien », confie-t-il d’une voix nostalgique, ajoutant : « Il faut ce qu’il faut ».

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Texte: Anny Champoux

Photos: Dominic Bouffard