Avant la naissance de son aînée, Alyssa (3 ans), Cynthia s’était mise en tête qu’elle allait allaiter son enfant.  » C’est naturel de le faire, donc, ça va de soi que ça fonctionnera « , se disait-elle.  Après une expérience des plus drainante où elle et Guillaume, son conjoint, ont tout essayé, elle a dû s’en remettre à nourrir son enfant au biberon après deux semaines. « J’étais rendue au point où tout ce que je voulais, c’est que mon bébé aille bien », souligne l’Adéloise.

À la grossesse suivante, celle de Zack (19 mois), qui était rapprochée, une consultante en lactation lui apprend qu’elle fait partie du fameux 1 % des femmes qui n’ont pas la capacité de produire assez de lait maternel. Dans un même souffle, elle lui annonçait qu’elle avait plus de chance de pouvoir nourrir au sein son deuxième enfant.  Cynthia souhaitait explorer cette éventualité.  Malgré un accouchement douloureux, l’expérience de l’allaitement mixte fut plus agréable et dura un mois.  

Quand on connaît les détails de l’histoire de Cynthia, on comprend clairement que ce n’est pas parce qu’une maman nourrit son enfant au biberon qu’elle n’est pas proallaitement. « Même si mon témoignage ne peut aider qu’une seule personne, j’en serais heureuse », confie la maman.

D’Ouest en Est

Cynthia est originaire de Saint-Lazare, en Montérégie.  Guillaume, lui, a grandi à Saint-Eustache.  Ils se sont connus dans l’Ouest canadien, il y a douze ans.  « On avait 20 ans.  Pendant deux mois, on a vécu là-bas en gang.  Je papillonnais.  Quant à Guillaume, il avait une copine », raconte Cynthia, avant d’enchaîner : « De retour à Montréal, on a gardé contact, puisque sa coloc était la sœur de ma coloc », précise-t-elle. 

Concours de circonstances quand la coloc de Cynthia est déménagée et que Guillaume cherchait un endroit où rester.  « Pendant deux ou trois ans, on a habité ensemble en appartement.  Notre relation était simplement amicale », souligne-t-elle.  « Au moment où nous avons choisi de retourner vivre chacun chez nos parents pour faire des économies, on a commencé à s’ennuyer l’un de l’autre.  On s’est mis à se fréquenter et, rapidement, on est tombé amoureux », confie-t-elle.  C’était il y a sept ans.

Le couple, amateur de plein air, souhaitait s’établir en région et Guillaume a proposé les Laurentides.  Il travaillait à Blainville comme entraîneur de condition physique et connaissait bien Mont-Tremblant. Pour l’aventurière, c’était un territoire méconnu. « On magasinait pour une maison sur Internet et quand on l’a vue sur le web, on est tout de suite allé la voir. C’était la première maison qu’on visitait et on l’a achetée ! Un coup de cœur ! », rapporte Cynthia qui travaille pour les Caisses Desjardins.  Depuis, ils vivent à Sainte-Adèle.

L’horloge biologique sonne

Arrivée au début de la trentaine, d’avoir des enfants devenait de plus en plus un ultimatum dans la vie de Cynthia. « Guillaume sentait un peu la pression et on a décidé de passer à l’action », souligne Cynthia, qui précise que le frère de Guillaume est trisomique.  « On souhaitait avoir nos enfants avant 35 ans, car plus ont vieilli, plus les risques augmentent », explique-t-elle.

Au troisième mois d’une première grossesse, Cynthia a fait une fausse couche.  « J’ai perdu le bébé.  J’ai été vue à l’Hôpital Sainte-Justine par une experte en génétique. C’était un suivi pour connaître notre risque si plus élevé ou pas d’avoir un enfant trisomique », précise-t-elle.

Trois mois plus tard, elle est tombée enceinte à nouveau.  « J’ai passé un test de dépistage prénatal par ADN fœtal dans le sang maternel (test Harmony) vers la 13e semaine, qui nous confirmait que génétiquement parlant tout était beau.  C’est aussi à ce moment-là qu’on a su que c’était une fille », se souvient Cynthia.

Trois mois plus tard, elle est tombée enceinte à nouveau.  « J’ai passé un test de dépistage prénatal par ADN fœtal dans le sang maternel (test Harmony) vers la 13e semaine, qui nous confirmait que génétiquement parlant tout était beau.  C’est aussi à ce moment-là qu’on a su que c’était une fille », se souvient Cynthia.

La grossesse s’est déroulée sans anicroche.  La césarienne planifiée aussi.  « Avec Guillaume, on avait suivi un cours de préparation à l’allaitement au CLSC.  Et, même si les papas sont les bienvenus, il était bien le seul homme du groupe.  Une participation masculine que je qualifie de courageuse ! », ricane Cynthia, en racontant l’anecdote.

Un peu lionne

Le 21 novembre 2017 naissait à l’Hôpital de Sainte-Agathe, la petite Alyssa, qui pesait alors 8 livres. « Je l’ai allaitée dès sa naissance et ça allait », se rappelle Cynthia, qui ajoute : « Mais Alyssa perdait du poids.  Les infirmières étaient toujours aux aguets pour me conseiller et me surveiller. Quand son poids est passé à 7 livres, ça devenait inquiétant.  Ils ont décidé de nous garder à l’hôpital ».

Pudique et fatiguée, Cynthia a commencé à se sentir envahie. Elle n’avait pas un moment à elle, seule avec son enfant. « Je suis un peu lionne et je n’aimais pas qu’on soit toujours autour de moi. J’aurais tant aimé être dans une bulle avec mon bébé », partage-t-elle.

Cette fois, on a demandé à Cynthia d’utiliser un tire-lait aux heures, pour stimuler la montée de lait. Le poids d’Alyssa continuait de diminuer.  Pas une seule fois elle n’a pensé donner un biberon à son enfant et personne ne lui a offert.  C’est alors qu’on a présenté à Cynthia et Guillaume le dispositif d’aide à l’allaitement (DAL).  Vous connaissez ?

Le DAL est un appareil qui permet à la mère allaitante de donner un supplément de lait maternel ou de formule, sans utiliser de biberon.  Le sein doit être délicatement poussé, afin de laisser apparaître le coin de la bouche du bébé et, en tenant la sonde entre l’index et le pouce, on l’introduit dans le coin de la bouche, droit vers le fond de la bouche, tout en la dirigeant légèrement vers le palais.  Pour bien fonctionner, la sonde ne doit pas dépasser le bout du mamelon et doit aller seulement un peu plus loin que les gencives du bébé.

« C’était presque acrobatique », lance Cynthia, qui a utilisé le DAL presque toutes les heures, pendant deux semaines. Dès le premier jour d’essai, le poids d’Alyssa s’est stabilisé et le congé de l’hôpital fut autorisé. Un congé contrôlé, puisque chaque jour, une visite au CLSC était faite pour vérifier le poids d’Alyssa.

Le retour à la maison

« Chaque heure, Guillaume m’aidait à tenir la sonde en place avec ses doigts, car Alyssa avait tendance à déplacer le tube avec sa langue.  Le bébé avait continuellement soif et elle n’arrivait pas à dormir, jour et nuit. J’étais épuisée et le post-partum s’est mis de la partie. J’ai donc essayé le co-dodo.  Guillaume ne dormait pas non plus. Ça devenait ridicule. Un vrai calvaire », décrit Cynthia, qui se rappelle la nuit où elle n’a pas dormi une minute.  « Je me suis rappelé que j’avais reçu des échantillons de biberons à la naissance d’Alyssa.  Ce matin-là, je les ai utilisés », partage la maman.  Ce fut du même coup la dernière visite de suivi quotidien au CLSC. « Alyssa était un bébé qui buvait beaucoup.  40 onces de lait par jour.  », précise Cynthia.

La solution : l’allaitement mixte ?

Alyssa avait six mois, lorsque Cynthia est tombée enceinte de Zack. Malgré qu’elle était bien nourrie, l’enfant ne faisait toujours pas ses nuits.  « C’est à 14 mois, un mois avant que j’accouche, que nous avons pu goûter à une nuit normale », relate Cynthia, qui, à la naissance de Zack, le 26 février 2019, aura été pratiquement un an et demi à accumuler la fatigue.  « J’avais apporté des biberons avec moi à l’hôpital », ajoute la maman, qui a vécu une première expérience d’allaitement plutôt difficile.

La césarienne planifiée s’est bien déroulée.  Toutefois, le rétablissement fut long et douloureux. « C’était tellement pénible à cause de la douleur, qu’au bout de deux semaines, je ne pouvais plus prendre ma fille dans mes bras », souligne Cynthia, qui avait adopté un allaitement mixte.  « J’allaitais, pendant que Guillaume préparait le biberon.  Pas de pression et, malgré tout, nous étions sereins », explique-t-elle.

Pour ajouter au défi, Guillaume a dû retourner au boulot au bout d’une semaine après la naissance de Zack.  Une semaine plus tard, un dégât d’eau dans la maison à aire ouverte, causé par la fonte des neiges, a changé le rythme d’entraide familiale établie. « Plein de travailleurs faisaient le va-et-vient pour s’occuper des dommages, en plus des membres de la famille qui se succédaient pour m’aider.  Le post-partum est apparu et je me suis retrouvée à allaiter, cachée dans ma chambre », se souvient Cynthia qui a alors, sereinement, fait le choix naturel de nourrir Zack au biberon.  Il avait un mois.

« Je le sais : le lait maternel est tellement bon qu’on peut guérir une conjonctivite avec trois gouttes. Mais pour moi, l’allaitement n’a pas fonctionné. J’ai tout essayé.  Et je ne regrette rien. Mes enfants sont en super bonne santé et ça me rend heureuse.  Finalement, je pense que de donner le biberon avec tendresse, c’est de donner le meilleur autrement. You do you! », conclut l’inspirante Cynthia.

Texte: Anny Champoux

Photo couverture: Dominic Bouffard