Sa mère est Autochtone, son père Italien.  Née dans la communauté Big Stone Cree, à Wabaska (Edmonton), en Alberta, Nadeige a grandi dans le quartier italien de Montréal, avec sa grand-mère paternelle qu’elle nomme tendrement Nonnan« Mes enfants étaient tout-petits lorsque j’ai ressenti l’appel de l’autre facette de mon être.  Celle qui est autochtone », se souvient Nadeige.  Depuis, elle s’est battue pendant six ans pour acquérir son statut d’Indien, qu’elle a finalement obtenu, le 25 septembre 2020. Le combat n’est pas terminé, puisque ses enfants, Lorianne (11 ans) et Frédéric (9 ans), n’y ont pas droit, en vertu de la Loi sur les Indiens.  

C’est une des nombreuses batailles que mène de front la maman monoparentale, qui vit maintenant à CAP JEM, à Sainte-Agathe.  « Il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre et la vie met sur notre chemin des obstacles à la hauteur de nos forces.  C’est comme les jugements, je les vois plutôt comme des nuages qui, avec un bon coup de vent, se dissipent et disparaissent », explique Nadeige qui confirme avoir souvent été jugée, tout au long de sa vie.

En exemple de possibles réconciliations, Nadeige raconte que dès son arrivée à Montréal, à l’âge de quatre ans, elle participait aux messes italiennes avec sa grand-mère.  « Nonnan croit en Dieu et elle a vu une grande paix en observant que le prêtre était heureux de m’accepter, même avec mes yeux noirs et mes cheveux noirs.  Qu’il ne me voyait pas comme une petite sauvage, terme que j’ai souvent entendu ».

Moule de la société

Ce fut une toute autre histoire quand Nadeige a débuté l’école.  Au primaire, elle n’avait pas le droit de jouer avec les enfants Italiens. « Mes deux seules amies étaient Haïtiennes », se rappelle-t-elle, ajoutant : « Pourtant, je me voyais comme les autres ».

Son fils Frédéric a aussi de la difficulté à l’école.  « Il a l’impression d’être différent des autres.  Il s’identifie naturellement à son ami qui est mulâtre.  Quand il se questionne sur le sujet de l’identité, je lui rappelle que parfois, on doit se battre pour faire sa place », souligne la maman qui rêve du jour où les peuples auront le droit d’exister à leur image. 

« Ce moule imposé par la société avec toutes ses lois et ses règles, ça crée un stress. La vie m’apporte des situations qui ne font parfois pas de sens et qui font en sorte qu’en tant que mère, je dois utiliser les recours et les droits qui me reviennent », met de l’avant Nadeige, pour introduire la déscolarisation de sa fille Lorianne, qui est autiste.   « Jusqu’à il y a deux ans, Lory fréquentait une école spécialisée.  Sans expliquer tous les détails, elle a été suspendue et des propos raciaux accompagnaient sa suspension », relate Nadeige qui, depuis, a dû abandonner son emploi pour enseigner à son enfant à temps plein. 

Avec l’aide de nombreuses organisations, dont l’Office des personnes handicapées, le Centre d’actions sociales en orthophonie (CASO), la ressource d’hébergement CAP JEM, le Carrefour jeunesse-emploi Laurentides, la Fondation Maude Gauthier, le Centre du Florès (CISSS des Laurentides) et l’Unité de réadaptation fonctionnelle intensive (URFI), Nadège souhaite que le droit d’être scolarisée à temps plein revienne à Lorianne.  « Après une longue période de médiation, on vient d’apprendre que le dossier de Lory ira en enquête et devant le tribunal », annonce la maman qui doit payer 9 000$ de soins de santé par année dans le système privé. Elle persévère, convaincue que tous ses efforts aideront d’autres gens qui vivent des situations semblables.

« De plus, le jour où ma fille retournera à l’école à temps plein, moi aussi je poursuivrai mes études », confirme Nadeige qui a déjà un DEC en Soins infirmiers et qui souhaite obtenir un DEC en Intervention en loisirs.  « Je ressens ce besoin d’aider ceux qui se sentent rejetés. J’aimerais faire tomber les mythes et les jugements pour faciliter leur intégration à la société », confie-t-elle.

Appartenance et citoyenneté

Les Autochtones ont un statut juridique individuellement et collectivement différent de celui du reste de la population canadienne. La Loi sur les Indiens établit un cadre administratif et juridique qui continue à définir de manière très stricte qui est Indien ou ne l’est pas. 

Des contraintes législatives empêche présentement Nadeige d’obtenir la citoyenneté autochtone pour ses enfants et la maman continue de défendre la cause pour Lorianne et Frédéric. Rien n’empêche que toute la famille trouve une grande fierté d’être d’ascendance autochtone, d’avoir une histoire, une culture et une spiritualité.

« J’y trouve aussi une responsabilité individuelle dans le rôle de transmission des valeurs et des traditions auprès de mes enfants », précise Nadeige qui, via Facebook, a retracé son oncle, le frère de sa mère, qui est le Grand Chef de la communauté autochtone de Kelowna, en Colombie-Britannique, qu’elle est allée rencontrer.   « Frédéric est tellement fier de savoir que son grand-oncle est un Grand Chef ! », souligne-t-elle.

« Pendant mon court séjour là-bas, il m’a appris comment purifier avec la sauge, des trucs pour attirer le positif dans ma vie et l’importance d’aimer son prochain.  À mon retour, je me suis empressée d’appliquer toutes ses leçons et de les enseigner à Lorianne et Frédéric, qui se purifient eux-mêmes avec la sauge maintenant », partage la fière maman.

De plus, par l’entremise de la Roue de la médecine Chamanique, Nadeige prend des moments en famille pour se transporter hors du temps et entendre le vent souffler dans les plaines amérindiennes et le bruit des sabots d’un troupeau de buffles s’approchant.  « Aussi, la danse et la musique ont une place très importante dans notre vie ! Il y a toujours de la musique qui joue chez nous.  On chante et on danse beaucoup.  C’est tellement normal », souligne Nadeige. Des chansons amérindiennes que la famille écoute ensemble avant le dodo, leur préférée est Pledging Love par Fawn Wood .

« Tous ces rituels me rendent plus forte et enracinée. Aujourd’hui, je crois que tout ce que la vie met sur mon chemin est tout à fait réalisable.  Je vis au moment présent et peu importe ce qui arrive, je fais confiance à la vie.  Je garde confiance et coexiste », conclut Nadeige qui espère être soutenue dans ses droits afin que ses enfants s’épanouissent et se développent à leur plein potentiel.

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Texte: Anny Champoux

Photos: Dominic Bouffard et gracieuseté de Nadeige