Il existe de ces personnes qui naviguent avec aisance sur les vallons de la vie, le cœur aventurier, improvisant leur destination au gré du vent, en ayant à cœur de découvrir ce que chaque jour leur réserve.  Balade dans la vie de Caroline, Éric et Malick, de Val-Morin.

Éric est camionneur et roule sa bosse de Val-Morin au Texas, sur des périodes de neuf à 12 jours. « Entre deux voyages sur la route, Éric est avec nous pendant 36 heures et il repart.  Parfois, il peut rester une semaine.  On profite de lui quand il est là ! », précise Caroline, qui explique que c’est une décision du couple d’avoir choisi qu’elle puisse rester au foyer pour prendre soin de Malick.  

« C’est pour compenser mon salaire qu’Éric a repris cette route des États-Unis, qu’il avait arrêté de faire depuis quelques temps. Tout est arrivé au bon moment, quand Malick avait 7 mois », ajoute Caroline qui précise que les dernières années, Éric a travaillé dans la région, en excavation.  

Quand ils vont mener Éric au camion, Malick est content pour son papa.  Quand papa revient, il n’en dort pas parfois, tellement il est heureux.

« Malick a toujours vécu comme ça, c’est l’habitude.  Comme moi, des fois, il s’ennuie d’Éric.  Les technologies de nos jours, ça aide ! Nous savons que c’est un style de vie que nous adoptons temporairement », partage Caroline.

Ne rien forcer

« Depuis que je suis née, je n’ai jamais vécu plus de trois ans au même endroit », raconte l’aventurière, enchaînant : « Après avoir passé ma vie à me promener entre le Grand Nord et un peu partout, je n’avais pas de réseau social. Ce n’était pas évident de rencontrer quelqu’un avec qui partager ma vie ».  

Le couple s’est connu en 2008, par l’entremise d’une agence de rencontre. Quand elle a rencontré Éric, alors âgé de 39 ans, ça a cliqué. « Il avait déjà deux grands enfants, il était camionneur et avait le goût de découvrir le Grand Nord », confie Caroline, qui était au début de la trentaine à cette époque.

Ils se sont mariés en 2009 et sont partis travailler dans le Grand Nord. « On a fait ça pour un bout.  La vie là-bas, c’est intense. On travaille 70 heures par semaine, 7 jours sur 7.  Ce n’est pas une vie normale, mais après un certain temps loin du Nord, je ressens toujours le besoin d’y retourner », décrit-elle. En 2014, Caroline a pris la route des États-Unis avec Éric pendant 10 mois : « Ça m’emballait de découvrir cette vie de truckeur et Éric était bien content aussi ! »

Et l’aventure d’être maman, c’était dans les plans ? « Ça faisait longtemps qu’on voulait un enfant.  On n’a rien forcé.  Mon âge augmentait.  La quarantaine est arrivée.  Je commençais à sérieusement regarder le calendrier quand ça s’est produit, tout naturellement », raconte Caroline qui a fait une fausse couche avant de tomber enceinte de Malick, trois mois plus tard.

Diabète de grossesse

De métier, Caroline est pâtissière. « J’étais une vraie bébitte à sucre ! », ricane-t-elle.  Malgré une belle grossesse, à la 20e semaine, son médecin a découvert un taux de sucre élevé.  « Il a diagnostiqué un diabète de grossesse et, malgré les changements que j’ai apportés à mon régime alimentaire, je n’arrivais pas à contrôler mon taux de sucre », explique Caroline qui a dû avoir recours à l’insuline avant chaque repas.

Aucun suivi particulier n’a été nécessaire, à part en fin de grossesse, à cause de l’âge de Caroline, qui avait 42 ans.  Des études démontrent qu’à 20 ans, comme à 40 ans, les complications potentielles sont sensiblement les mêmes, mais leur prévalence augmente avec l’âge.

« Ils ont dû provoquer l’accouchement une semaine à l’avance à cause du diabète, qui fait en sorte que le bébé est souvent plus gros », partage Caroline. L’accouchement naturel s’est passé à merveille. « Étant plus âgés, je pense qu’Éric et moi sommes plus conscients de ce cadeau de la vie qu’est Malick. Si ce n’était pas de notre âge, on en aurait eu d’autres ! », réagit la maman. 

Dans la plupart des cas, le diabète de grossesse disparaît après l’accouchement.  Ce qui ne fut pas le cas pour Caroline. « Je suis maintenant en changement de carrière.  Il serait dangereux, selon moi, de continuer à confectionner des pâtisseries dans ce genre de conditions », explique-t-elle.  Caroline a récemment été certifiée agente de voyage. « Mais avec la pandémie, j’ai décidé de commencer des cours de comptabilité », lance-t-elle.

Fou, fou, fou avec sa mamie

Considéré travailleur essentiel en temps de pandémie, Éric ne fait pas de quarantaine pour le travail sur la route des États-Unis.  Pour éviter qu’il sorte de son camion, Caroline lui prépare tous les repas de son séjour.  « 15 déjeuners, 15 lunchs et 15 soupers », précise-t-elle. Aussi, elle aide Éric de la maison en appelant ses clients et en s’occupant de tous ses papiers de douane.

Quand Éric est sur la route, Caroline peut compter sur sa mère qui habite à Sainte-Adèle pour s’occuper de Malick.   Caroline prend plaisir de voir sa mère assumer son rôle de mamie au sérieux. « À 70 ans, elle se met à quatre pattes pour jouer avec lui ! Ma mère et son conjoint sont d’une grande aide pour nous.  Avec Malick, ils sont fous, fous, fous et s’amusent beaucoup ».

Au quotidien, Caroline et Malick se promènent, vont prendre des marches, font de la natation, prennent des cours de danse et de motricité. « Nous fréquentons aussi la Maison de la Famille des Pays-d’en-Haut à Sainte-Adèle, car c’est important pour Malick de socialiser.  Je me rends compte que plus il grandit, plus il a le goût de faire plein d’activités et d’avoir des amis », confie Caroline.  En couple, ils discutent présentement de la possibilité que Malick débute la garderie à trois ans.

D’ici là, à cause de la COVID-19, il est impossible pour Caroline et Malick de se joindre à Éric sur la route entre Val-Morin et le Texas.  « Quand l’opportunité se présente, qu’Éric doit livrer à Québec, on embarque dans le camion et on y va avec lui.  Comme nous, Malick adore voyager ! Un jour, quand Malick sera à l’âge d’aller à l’école, nous retournerons peut-être vivre dans le Grand Nord », entrevoit déjà au loin Caroline.

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Texte: Anny Champoux

Photo: Dominic Bouffard